Fondateur de l’empire perse au VIe siècle av. J.-C., Cyrus est l’un des rares conquérants dont toutes les traditions célèbrent les vertus. Dans son Histoire de la Perse, publiée au milieu du XIXe siècle, Jacques-Joseph Champollion-Figeac, frère aîné du déchiffreur des hiéroglyphes, confronte les récits des Grecs, de la Bible et des livres sacrés de l’Iran pour approcher la vérité sur ce prince.
Sommaire
- L’enfant condamné à mort
- Le petit roi du village
- Kaï-Khosrow, le Cyrus des livres persans
- Les Perses deviennent le peuple dominant
- La guerre contre Crésus
L’enfant condamné à mort
Champollion-Figeac résume d’abord le récit d’Hérodote, tout en avertissant qu’il est sans doute le plus éloigné de la vérité parmi les quatre versions que l’historien grec dit connaître. Astyage, roi des Mèdes, marie sa fille Mandane à un seigneur perse nommé Cambyse. Il voit en songe naître du sein de sa fille une vigne dont les rameaux couvrent toute l’Asie. Effrayé par l’interprétation des mages, il ordonne à son familier Harpage de faire périr l’enfant.
Harpage n’ose pas commettre le crime lui-même et confie le nouveau-né au berger Mithradate. La femme de celui-ci vient d’accoucher d’un enfant mort, qui est substitué au petit Cyrus. Elle s’appelle Spaca, mot qui signifie « chienne » en mède, d’où la fable de Cyrus allaité par une chienne dans les forêts.
Le petit roi du village
À dix ans, Cyrus est choisi pour roi par les enfants du village. Il nomme des intendants et des gardes, et fait battre de verges le fils d’un seigneur mède qui refuse de lui obéir. Le père se plaint à Astyage. Interrogé, l’enfant répond avec assurance qu’il n’a fait qu’exercer les droits de sa royauté. Frappé par sa fermeté et ses traits, le roi le reconnaît. Rendu à ses parents, Cyrus prend plus tard la tête des Perses révoltés contre la suprématie mède, bat Astyage et règne sur les deux peuples.
Kaï-Khosrow, le Cyrus des livres persans
L’auteur rapproche ce récit des traditions iraniennes, qui célèbrent sous le nom de Kaï-Khosrow un roi juste, « éclatant de lumière », qui délivra les opprimés et éloigna les mauvais génies. Elles lui prêtent une longue guerre contre le Touran pour venger son père. Champollion-Figeac s’en amuse : avec ses combats singuliers, ses belles captives, ses présents de brocart et son miroir enchanté, cette guerre ressemble plus à « un agréable roman de la table ronde » qu’à un conflit entre deux royaumes, et il la tient pour douteuse.
Toutes ces traditions, grecques, bibliques et persanes, s’accordent pourtant, chose rare, sur les éminentes vertus de Cyrus. La Bible retient surtout ses bienfaits envers les Israélites.
Les Perses deviennent le peuple dominant
Monté sur le trône vers 589 av. J.-C. selon la chronologie retenue par l’auteur, Cyrus rétablit la justice, punit les magistrats prévaricateurs, soulage le peuple et s’entoure d’un conseil des principaux seigneurs. Surtout, il fait passer la prépondérance des Mèdes aux Perses, dont les robustes soldats forment le cœur de ses armées. L’histoire parle d’abord d’un empire médo-perse, puis seulement des Perses.
La guerre contre Crésus
Le premier théâtre de ses conquêtes est l’Asie Mineure. Crésus, roi de Lydie, inquiet de cette puissance nouvelle et désireux, dit-on, de venger Astyage, franchit l’Halys et s’empare de la Cappadoce. Hérodote rapporte que le philosophe Thalès lui aurait conseillé de détourner le fleuve par un canal pour le passer à sec.
Un conseiller avait pourtant mis Crésus en garde : ces Perses vêtus de peaux, qui ne boivent que de l’eau et ignorent les figues et les fruits délicats, n’ont rien à perdre s’ils sont vaincus ; vainqueurs, on ne les chassera plus des pays où ils auront goûté aux délices de la vie. Les victoires de Cyrus, qui marche aussitôt contre les Lydiens, lui donnent raison. Sardes tombe et la Lydie entre dans l’empire perse.
Source : Jacques-Joseph Champollion-Figeac, Histoire de la Perse (Asie orientale), collection L’Univers, chapitre XI, « Les Kéaniens ou Achéménides ».
Questions-Réponses
Il avait rêvé qu’une vigne née du sein de sa fille couvrait toute l’Asie, et les mages lui annoncèrent que l’enfant de Mandane le détrônerait.
De la femme du berger qui l’éleva, nommée Spaca, mot qui signifie « chienne » en langue mède.
Il transfère la prépondérance des Mèdes aux Perses, dont les soldats deviennent le cœur de ses armées, et fonde ainsi le second empire perse.
Domaines agricoles romains de Publius Sestius