Entre le IIIe et le IIe millénaire avant notre ère, l’Orient voit naître ses premiers grands États : la Babylonie d’Hammourabi, l’Égypte des pharaons et l’empire hittite d’Anatolie. Dans son Histoire de l’Asie parue en 1921, René Grousset retrace la formation de ces puissances et leur affrontement pour la Syrie. Les dates qu’il donne, très hautes, sont celles admises à son époque ; la recherche les a depuis largement rajeunies.
Sommaire
Hammourabi unifie la Chaldée
La Chaldée, l’actuel sud de l’Irak, est longtemps disputée entre ses cités et les Élamites venus de l’est. Babylone, qui a succédé à Agadé à la tête des cités du pays d’Akkad, prend la tête de la résistance. Hammourabi achève de chasser les Élamites et réunit toute la Chaldée sous son autorité, avec le titre de « roi de Sumer et d’Akkad ». Il légitime son pouvoir par de grands travaux d’irrigation et refond les anciennes lois en un code unique, que Grousset compte parmi « les monuments les plus vénérables du droit primitif ». Après lui, Babylone reste la capitale du pays, sous des dynasties souvent étrangères : les Kassites, montagnards du Zagros, puis les Araméens.
Le pharaon, dieu vivant
En Égypte, vers la fin du IVe millénaire, le roi de Haute-Égypte Ménès soumet le Delta et fonde la royauté pharaonique. Cette royauté est d’emblée religieuse : les jours de cérémonie, le front ceint de l’uræus d’or et tenant le crochet et le fléau, le pharaon s’offre à l’adoration des foules, « entré vivant dans l’éternité ». Grousset distingue l’Ancien Empire memphite, le Moyen Empire et le Nouvel Empire thébains, puis une basse époque jusqu’à la conquête perse.
L’Ancien Empire est l’âge des pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos et du Grand Sphinx. L’art y est lié à la croyance en la survie du « double » : la ressemblance des statues placées dans la tombe était censée assurer la survie du défunt. Grousset admire le réalisme de ces portraits : la majestueuse statue de Khéphren protégé par un faucon, le « Cheikh el-Beled », bourgeois satisfait aux allures de « publicain romain », ou le Scribe accroupi du Louvre, au regard aigu. Le Moyen Empire conquiert le Sinaï et la Nubie ; ses statues souriantes et ses fresques de Beni Hassan représentent pour lui le classicisme égyptien.
Des Hyksos à Mageddo
Vers le XVIIe siècle av. J.-C., des nomades venus de Palestine, les Hyksos, s’emparent du Delta pendant un siècle. Les princes de Thèbes finissent par les chasser. Pour se prémunir d’un retour, les pharaons de la XVIIIe dynastie partent conquérir la Syrie. Thoutmosis III brise à Mageddo la coalition des princes palestiniens, prend Kadesh et Alep et atteint l’Euphrate. Ses successeurs, dont Amenhotep III et Amenhotep IV, entretiennent des relations amicales avec les rois d’Assyrie et de Babylone, comme le montre leur correspondance diplomatique.
Les Hittites et Kadesh
Les Hittites, maîtres de l’Anatolie centrale depuis leur capitale de Hattousa, profitent des troubles égyptiens pour s’emparer de la Syrie du Nord. Grousset souligne une découverte alors récente : le déchiffrement de leurs tablettes a montré qu’ils parlaient une langue indo-européenne. Séthi Ier puis Ramsès II tentent de les repousser. Malgré sa victoire proclamée sous les murs de Kadesh, Ramsès II doit, après vingt ans de guerre, signer un traité qui partage la Syrie entre les deux empires.
Le pharaon se console en bâtissant. Il achève Karnak et Louxor et élève le Ramesseum. Grousset décrit le plan de ces temples : avenues de sphinx, obélisques, pylônes, salle hypostyle, dont celle de Karnak compte 134 colonnes, et enfin le sanctuaire où seuls le pharaon et le grand prêtre pouvaient entrer. La lumière y diminuait de salle en salle, jusqu’à la pénombre où « se mouvait l’ombre terrible de la divinité ».
Source : René Grousset, Histoire de l’Asie, tome I : L’Orient, 1921, chapitre I, « Les premières civilisations de l’Orient ».
Questions-Réponses
Un roi de Babylone qui unifia la Chaldée, fit creuser des canaux et réunit les lois du pays en un code célèbre.
La victoire du pharaon Thoutmosis III sur une coalition de princes de Palestine et de Syrie, qui ouvrit à l’Égypte la conquête du pays jusqu’à l’Euphrate.
Après la bataille de Kadesh et vingt ans de conflit, par un traité qui partageait la Syrie entre l’Égypte et les Hittites.
Domaines agricoles romains de Publius Sestius