Charles VIII, début des guerres d’Italie (1494)

Arrivé triomphale de Charles VIII à Naples

Charles VIII était un prince malingre, chétif, d’intelligence médiocre, d’esprit chimérique, rêvant sans cesse d’exploits héroïques. Dit «l’Affable», son imagination maladive l’incita à engager la France dans l’aventure italienne qui le rendit tristement célèbre et qui fut accueillie par les Français avec plus d’enthousiasme que la découverte même de l’Amérique. Charles VIII fut le premier roi de France «à se faire enivrer des fumées et des gloires d’Italie». A cette époque, les cités italiennes commençaient à éblouir tous les peuples d’Europe par la splendeur artistique du « Quattrocento » (le XVe siècle italien), et les guerres d’Italie permirent à la France de découvrir les merveilles de la Renaissance. Mais cette opération, commencée triomphalement, se termina par un échec, engloutissant hommes, argent, énergies.

UNE AMBITION DÉMESURÉE

Le 30 juin 1470, à Amboise, nait Charles, fils de Louis XI et de Charlotte de Savoie. Fort occupé par les affaires de l’Etat, le roi ne se soucie guère de l’éducation de son fils; le jeune Charles devient un adolescent faible et maladif, qui chasse ou lit des romans de chevalerie à longueur de journée. En 1483, à la mort de son père, Charles, âgé de treize ans, devient roi à son tour mais il est trop jeune pour gouverner; sa soeur Anne de Beaujeu assure, avec son mari, une régence remarquable et triomphe des seigneurs révoltés.

Á sa majorité, Charles VIII épouse Anne, duchesse de Bretagne. Cette union prépare le rattachement du grand fief de l’Ouest à la couronne. Mais le jeune roi rêve de coups d’épée. Son ambition principale, la conquête de l’Italie trouve son origine dans le legs, fait par le roi René d’Anjou à Louis XI (succession qu’il revendique et veut faire valoir), de ses domaines et de ses droits sur la couronne de Naples. De plus, les princes italiens (l’Italie est alors morcelée en un très grand nombre de petits Etats) sont fréquemment obligés de faire appel à l’étranger; les intrigues du duc de Milan, Ludovic Sforza, dit le More, ouvrent la péninsule à l’armée française.

CHARLES VIII, UN « CONQUÉRANT » DE PACOTILLE

Le 22 aout 1494, Charles VIII descend en Italie avec son armée; le 2 septembre, il passe les Alpes, entre à Asti, traverse Milan où il rencontre Ludovic le More, gagne Plaisance, Pontremoli et Sarzane, ou il se prépare à assaillir la forteresse florentine; mais le prince Pierre de Médicis, sans essayer de se défendre, envoie une délégation signer la reddition.

La guerre de la craie

En plus de Sarzane, la France acquiert Pise, Livourne et d’autres villes et châteaux; l’armée poursuit sa marche, entre dans Florence, passe par Sienne et Viterbe, et pénètre dans Rome sans combattre (1er janvier 1495) et arrive 4 Naples le 22 février 1495. Ferdinand, roi d’Aragon et de Naples, se réfugie à Ischia. Cinq mois ne se sont pas écoulés depuis le début de cette véritable promenade militaire. Cette guerre, où les Français n’ont, parait-il, usé que de la craie pour marquer les maisons qui abriteront les soldats, fut appelée par les contemporains de Charles VIII, la « guerre de la craie ».

S’abandonnant au mol oreiller du triomphe, Charles VIII se met à rêver d’exploits plus merveilleux encore: il veut chasser les Turcs de Constantinople, rétablir Empire d’Orient et délivrer Jérusalem.

Ce succès fut sans lendemain car, au bout de trois mois, divers Etats italiens, Venise, Milan et la papauté forcèrent l’armée française à la retraite. Seule la victoire de Fornoue, près de Parme, le 6 juillet 1495, put la sauver d’un désastre. Parallèlement, Charles VIII s’était assuré des neutralités nécessaires à la réussite de son expédition: il avait abandonné à Maximilien d’Autriche, l’Artois et la Franche-Comté; à Ferdinand, roi d’Aragon, le Roussillon et la Cerdagne, sacrifiant ainsi la sécurité du pays à d’aléatoires conquêtes.

CHARLES VIII ET LE LINTEAU MORTEL d’AMBOISE

Cependant, cette courte expédition ne fut pas sans résultats : les Français découvrirent une civilisation supérieure à la leur, et plus raffinée; ils rapportèrent une quantité non négligeable d’oeuvres d’art. Charles VII, rentré en France, perdit son fils unique. Mais, déjà, le délire des conquêtes le reprenait. Il se préparait à une nouvelle expédition en Italie quand, le 7 avril 1498, il heurta du front le linteau d’une porte du château d’Amboise. Il succomba presque aussitôt, laissant le trône à son cousin, le duc d’Orléans, qui régna sous le nom de Louis XII.

Sources

Charles VIII – Universalis

Charles VIII – Larousse

Roi méconnu