Comment Louis XI renforce-t-il le pouvoir royal ?

bataille Louis XI

En ce quinzième jour du mois d’août 1461 un silence impressionnant règne dans la cathédrale de Reims. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, s’avance lentement sur les marches de l’autel. Il tient une couronne qu’il s’apprête à déposer sur la tête de son souverain. Alors une clameur immense ébranle les voûtes séculaires: «Vive le Roi! Montjoie et Saint-Denis! » Louis XI, dit « le Prudent », maintenant roi de France « devant Dieu et devant les hommes » reçoit, impassible, l’hommage de son peuple. Il a trente-huit ans. Enfin il va pouvoir se consacrer à la tâche écrasante qu’il s’est fixée: unifier son pays, lui redonner grandeur et prestige, paix et prospérité.

LA LIGUE DU BIEN PUBLIC

Après avoir reçu l’hommage de Paris, le roi gagne sa chère ville de Tours et se met à l’oeuvre. Energique et sur de lui, il prend une série de mesures assez brutales qui ne vont pas sans soulever de nombreux mécontentements: il chasse les anciens conseillers de son père, Charles VII, et les remplace par des hommes de son choix. Ayant supprimé certains impôts qui pesaient lourdement sur le peuple, il se voit obligé de les rétablir (par souci d’argent) et même de les augmenter. Puis il décide de mettre aussi à contribution les propriétés de l’Eglise jusqu’alors exemptes d’impôts. Tant et si bien qu’en 1465 l’hostilité au pouvoir royal prend forme avec la « ligue du Bien public ».

Celle-ci réunit la plupart des grands noms de France : les ducs de Berry, d’Alençon (frère du roi), d’Anjou, de Bretagne; les comtes de Charolais et de Saint-Pol. De part et d’autre des armées sont levées : c’est la bataille sanglante et indécise de Monthéry. Louis XI profitant de la nuit rompt le combat et bat en retraite.

Le lendemain matin, faute d’adversaire la lutte ne peut continuer. Le roi veut à tout prix éviter un guerre, même victorieuse car elle est toujours couteuse en hommes et en or.

A Conflans, il négocie avec les conjurés et leurs accorde ce qu’ils demandent, bien décidé à le reprendre à la première occasion. Il donne, à son frère Charles, la Normandie en échange du Berry. Il rend, sans contrepartie, les villes de la Somme au comte de Charolais. Il élève le comte de Saint-Pol au rang de connétable. Alors que, deux mois plus tard, une mésentente oppose Francois de Bretagne et le duc de Berry, Louis XI, prétextant qu’il lui faut bien « aller secourir son frère », occupe la Normandie et se débarrasse de Charles en le nommant gouverneur du Roussillon. Quant aux villes de la Somme, il y envoie ses émissaires fomenter la révolte contre le comte de Charolais. En quelques mois, l’habile et tortueuse diplomatie de Louis XI a réussi à dissoudre la Ligue, à réduire considérablement les effets du traité de Conflans, et surtout à arrêter la guerre.

AUX PRISES AVEC LE « TEMÉRAIRE »

Mais la paix est de courte durée. Le 15 juin 1467, Charles le Téméraire succède à son père Philippe le Bon. C’est le début de la lutte acharnée que le nouveau duc de Bourgogne va livrer à Louis XI. Pour s’attaquer à la France, Charles le Téméraire fait alliance avec le Danemark, la Savoie, la Bretagne et Jean II d’Alencon, l’éternel conspirateur. Pendant ce temps, Louis XI se concilie l’autorité morale du pape et consolide son entente avec les Liégeois. Quant a l’Angleterre, elle fera tour à tour le jeu de la Bourgogne et celui de la France, suivant ses intérêts.

En octobre 1467, le Téméraire engage les hostilités. Son armée écrase celle des Liégeois tandis que le duc de Bretagne tente de conquérir la Normandie. Louis XI réplique aussitôt et occupe sans grande difficulté la Normandie et la Bretagne. Il oblige Francois II de Bretagne à signer la paix d’Ancenis le 10 Septembre 1468.

HUMILIE À PÉRONNE

Charles le Téméraire est furieux et déçu de la victoire si rapide de Louis XI. Alors le roi, confiant dans ses qualités de diplomate décide d’avoir une entrevue avec le duc. Il se rend à Péronne pour le voir, accompagné seulement d’une légère escorte. Mal lui en prend. A peine Louis XI est-il arrivé que le Teméraire apprend que la révolte gronde à Liége, encouragée par les émissaires du roi. Au comble de la fureur, Charles retient Louis XI prisonnier, et celui-ci, pour recouvrer sa liberté, se trouve obligé d’en passer par les volontés de son geôlier : reconnaitre et approuver devant les Liégeois ses alliés, la victoire du Téméraire.

SOUMISSION DES DERNIERS FEODAUX

Louis XI rentre en France humilié, mais nullement découragé. Faute de pouvoir dés maintenant prendre sa revanche sur la Bourgogne, il va s’employer à soumettre les trop puissants seigneurs du royaume. En 1472, la mort du duc de Berry lui permet de ramener la Guyenne à la couronne. Puis il se débarrasse définitivement du duc d’Alençon, en le faisant mettre au cachot. Quant au duc de Bretagne, vaincu et affaibli, il signe une trêve protestant de sa soumission au roi. Reste encore la dangereuse famille d’Armagnac. Jean V, son chef, s’est enfermé dans la forteresse de Lectoure. Louis XI envoie une expédition contre lui. Jean V accepte de faire la paix mais, pendant les négociations il est assassiné, et son frère Charles, accusé à tort ou à raison de toutes sortes de crimes, est condamné à la détention perpétuelle. Ainsi tous les grands féodaux sont soumis, à l’exception d’un seul, le plus redoutable : le duc de Bourgogne.

NOUVELLES ATTAQUES DU DUC DE BOURGOGNE

Charles le Téméraire rêve à la fois de démembrer la France et de reconstituer à son profit ancien royaume de Lotharingie. Il médite de marier sa fille Marie à Maximilien, fils de Frédéric III d’Autriche. A la mort de celui-ci, Charles ceindrait la couronne impériale et lui succéderait. Alors la Bourgogne, unie à l’Autriche, écraserait la France. Mais le Téméraire se heurte au refus de l’empereur et passe seul à l’action. Il occupe facilement le duché de Gueldre, puis marche sur l’Alsace et la Lorraine.

Pendant ce temps, Louis XI a envoyé ses agitateurs provoquer des soulèvements en Alsace et en Suisse contre le Témèraire. Il mobilise ainsi la plus grande partie des forces bourguignonnes dans le nord et en profite pour envahir la Bourgogne par le sud. Le duc de Bourgogne, débordé sur deux fronts, fait appel à Edouard IV, roi d’Angleterre, qui se décide à intervenir et débarque à Calais en juillet 1475 avec 25 000 hommes. Louis XI se porte à sa rencontre. L’entrevue des deux rois a lieu a Picquigny (Somme). Contre une pension de 60000 écus par an et une somme de 75000 écus versés immédiatement, Edouard IV et accepte de signer une trève de 7 ans avec la France et de se rembarquer la semaine suivante.

Alors le Téméraire, sans alliés, ses troupes dispersées, est obligé lui aussi d’accepter, à Soleure(Luxembourg), une trêve de 9 ans avec Louis XI. Impuissant devant la France, le duc de Bourgogne s’attaque aux Suisses. Il les écrase à Granson, massacre les survivants et livre la région au pillage. Révoltés par une telle sauvagerie, tous les cantons suisses se soulèvent au cri de « Granson! Granson! ».

Ils réussissent à vaincre les Bourguignons et s’emparent même du fabuleux trésor du «grand duc d’Occident » qui prend la fuite de justesse. Le Téméraire regroupe le reste de son armée à Lausanne, puis va assiéger Morat. Mais, là encore, les Suisses le forcent à battre en retraite. Enfin, le 7 octobre 1476, le duc de Lorraine reprend Nancy au duc de Bourgogne. Le Téméraire, ivre de rage, vient assiéger la ville et, au bord de la folie, engage le combat avec ses soldats exténués. Son armée est exterminée. Il est tué au cours de la bataille. La puissante maison de Bourgogne s’est écroulée.

TRIOMPHE DU ROI LOUIS XI

Pour Louis XI la victoire est complète. Toutefois il voudrait l’affermir en mariant son fils Charles à Marie de Bourgogne. Mais celle-ci veut défendre son héritage. Elle épouse Maximilien d’Autriche, qui lève aussitôt une armée. En 1479, le combat s’engage contre l’armée française à Guinegatte, près de Saint-Omer.

La lutte est confuse, sanglante et indécise. De longues négociations commencent. C’est alors que le hasard favorise Louis XI. Marie de Bourgogne trouve la mort dans un accident de cheval en 1482 et, au traité d’Arras, il est entendu que le dauphin Charles épousera la fille de Marie de Bourgogne, qui apportera en dot à la France l’Artois et la Franche-Comté.

Que peut désirer de plus Louis XI lorsque, en 1482, il se retire à Plessis-les-Tours, pour y passer la dernière année de sa vie? Il est malade et épuisé, mais il a accompli une oeuvre gigantesque. Il a agrandi la France et anéanti les coalitions féodales qui la déchiraient. En une vingtaine d’années il a transformé le pays moyenâgeux que lui avait laissé son père en un Etat moderne. Ce fondateur de l’unité nationale s’est montré aussi un excellent administrateur. Il a créé la poste, organisé la milice et la marine, introduit l’imprimerie.

Sources

Louis XI

Synthèse Louis XI