Philippe Auguste, roi de France et vainqueur de Bouvines

Philippe Auguste à la bataille de Bouvines

Philippe Auguste (1180 – 1223) vainqueur de Bouvines et roi de France, règne essentiel à la formation de la France et au sentiment national.

Le règne de Philippe Auguste dura 43 ans pendant lesquels le roi agrandit la France. Intelligent et habile, il sut écarter le grave danger que les Anglais faisaient peser sur la monarchie, et renforcer son pouvoir. Il fit de Paris la plus belle ville de son royaume et contribua à l’extension et à la renommée de la capitale.

PORTRAIT DU ROI

Le fils de Louis VII: Philippe II, surnommé plus tard « Auguste », était bien jeune quand il monta sur le trône en 1180 (tout juste15 ans). Petit, brun de peau, lourd et maladroit, borgne de surcroit, il n’avait rien du chevalier idéal. Mais il compensait ses imperfections physiques par une vive intelligence, habileté à exploiter les moindres circonstances favorables ou à ourdir des intrigues, une incessante activité et un sens aigu des réalités. Bon chef de guerre et soldat courageux, n’hésitant pas risquer sa vie sur le champ de bataille, il préférait cependant la diplomatie aux grands coups d’épée. Ambitieux, il se montrait souvent hypocrite et sans scrupules pour aboutir au but qu’il s’était fixé.

LA LUTTE CONTRE LES PLANTAGENETS

Il s’agit beaucoup plus d’une lutte entre deux familles royales qu’entre deux nations. En effet, Henri II Plantagenêt (roi d’Angleterre de 1154 – 1189) est un Français (comme son aïeul Guillaume le Conquérant) puisqu’il est le fils de Geoffroy comte d’Anjou. Il a passé beaucoup plus de temps en France que dans son île et n’a jamais sut parler anglais (d’ailleurs jusqu’au XIVe siècle le français fut la langue officielle en Angleterre). Possédant, outre l’Angleterre, plus de la moitié de la France par sa naissance et son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, Henri II est beaucoup plus puissant que son suzerain Capétien et peut espérer que le reste de la France lui appartiendra un jour. Mais la solidité de Etat angevin est plus apparente que réelle car les seigneurs d’Aquitaine supportent mal l’autorité du roi d’Angleterre et se tournent volontiers vers le toi de France. Philippe Auguste sait en profiter. Les circonstances sont tout d’abord favorables au Capétien: après la mort d’Henri Il, son fils ainé Richard Ie «Coeur de Lion» est fait prisonnier sur le chemin du retour de la croisade par un seigneur allemand dont il avait jadis insulté la bannière. Mais malgré les intrigues de Philippe Auguste et de son propre frère, Jean sans Terre, il est libéré.

« Le Lion est lâché !» écrit Jean à Philippe. Après une guerre sans merci et la défaite des Français à Fréteval (1194), Richard semble sur le point de triompher, mais il est tué par un carreau d’arbalète en assiégeant, dans le Limousin, le château d’un vassal révolté.

UNE VASTE COALITION CONTRE PHILIPPE AUGUSTE

Jean sans Terre, sans doute à moitié fou, se montre très vite souverain médiocre, sans autorité ni prestige. Sommé de comparaitre à Paris pour se justifier des plaintes portées contre lui par des seigneurs du Poitou, il refuse. Philippe s’empare alors de la Normandie (où se trouve le Château-Gaillard), du Maine et de l’Anjou, et semble prêt à envahir l’Angleterre. Jean essaie de réagir et forme contre son rival une vaste coalition avec l’empereur d’Allemagne Othon IV, les comtes de Flandres et de Boulogne, mais elle est écrasée à Bouvines (près de Lille) en 1214. Philippe Auguste vainqueur de Bouvines, c’est la fin de l’empire angevin. Seule la mort de Jean et l’avénement de son fils sous le nom d’Henri III empêchent une conquête française de l’Angleterre.


Siège de Château-Gaillard

La forteresse construite en 1196 par Richard Coeur de Lion. Réputée imprenable, elle gardait la route vers Rouen et la Normandie. Philippe Auguste s’en empara en 1204 après plusieurs mois de siège. Les défenseurs durent d’abord abandonner le « Châtelet »: les soldats du roi de France se glissèrent par surprise dans la première enceinte et abaissèrent le pont mobile. Leurs camarades les rejoignirent. L’assaut de la deuxième enceinte entraina la capitulation des Normands.


L’OEUVRE INTERIEURE DE PHILIPPE AUGUSTE

Grâce à ses victoires sur les Plantagenêts, le roi est devenu le plus puissant et le plus riche du royaume; il peut ainsi affaiblir les grands vassaux, jusque-là très indépendants. Il tente de limiter le droit de guerre Privée; il décide que certains procès ne pourront être jugés que par le roi. Il protège les petits seigneurs en partageant avec eux l’administration de leur fief. Philippe Auguste est aussi le protecteur des villes qui se développent; il leur accorde des «chartes de franchise » (acte écrit qui leur concède des libertés) et associe leurs habitants au gouvernement du royaume; aussi les villes lui fournissent-elles de grosses sommes d’argent et des milices communales pour son armée.

PARIS SOUS PHILIPPE AUGUSTE

Jusqu’à la fin du XIe siècle Paris reste une bien petite cité. Mais aux XIIe et XIIIe siècle son importance grandit rapidement: d’une part les rois capétiens en font leur séjour favori, d’autre part l’essor des « foires de Champagne » vient grossir le trafic sur la Seine. En outre Paris devient un grand centre culturel dont les écoles attirent maitres et élèves de toute Europe. Philippe Auguste fait ceinturer la ville d’une puissante muraille et fait construire de nombreux édifices: la forteresse du Louvre, des halles, des marchés, etc.

Dans l’île de la Cité s’élèvent le palais royal (sur emplacement du Palais de justice actuel) et la cathédrale Notre-Dame commencée en 1160. Paris, avec ses nombreuses églises, ses rues étroites, grouillantes de vie, aux noms pittoresques (Aubry-le-boucher, Geoffroy-lasnier, de la Verre-rie, etc.), la richesse de ses « marchands d’eau »(nom des bateliers qui dirigeaient la navigation sur la Seine), devient la plus grande des villes de l’Occident chrétien, symbole de la puissance des rois de France.


PHILIPPE AUGUSTE, VAINQUEUR DE BOUVINES

L’ost (armée) du roi de France est peu nombreux, 8000 a 10000 hommes au plus, mais il compense son infériorité numérique par l’unité de commandement et la qualité de sa cavalerie composée, pour la plus grande part, de chevaliers d’Ile-de-France rompus au métier des armes par la pratique de nombreux tournois. II a aussi l’appui fidèle, à défaut d’efficacité de l’infanterie des milices communales.

A Bouvines, le combat est rude, Philippe jeté de son cheval manque même d’être pris: finalement après la capture du comte Renaud de Dammartin et de leur chef, le comte Ferrand, les Flamands se débandent en entrainant dans leur déroute le reste des coalisés; peu s’en faut que l’empereur lui-même(Othon IV) ne soit capturé par un chevalier, Guillaume des Barres, mais il laisse aux mains des Français l’Aigle d’or impérial! Bouvines est célébrée avec enthousiasme dans tout le royaume et contribue à y créer un sentiment national.