Les premières armes à feu

Artillerie médiévale

L’apparition des premières armes à feu changea considérablement la manière de concevoir les batailles et les stratégies militaires.

UNE CROYANCE POPULAIRE

SELON une opinion très répandue, l’invention de la poudre à canon serait due au moine allemand Berthold Schwarz. Il aurait, au XVe siècle, fabriqué une charge explosive en mélangeant salpêtre, carbone et soufre. Mais ce n’est qu’une légende, car les armes à feu étaient nombreuses avant cette époque.

QUI À INVENTER LES PREMIÈRES ARMES À FEU ?

Les Chinois connaissaient depuis longtemps ce mélange dont ils se servaient dans les feux d’artifice. Ils l’employèrent au début du XIIe siècle dans un combat contre les Mongols, mais on sait aujourd’hui que, des le IVe siècle, c’est-à-dire huit siècles avant les Chinois, les habitants de l’Inde utilisaient des armes à feu, de la poudre à canon et des poudres lacrymogènes.

Au XIIe siècle, des alchimistes arabes pensèrent à utiliser la mystérieuse force produite par la poudre explosive pour lancer au loin des projectiles. Par-dessus la poudre de leur mortier, ils placèrent des pierres, puis provoquèrent l’éclatement du mélange avec un petit bâton enflammé. Ils obtinrent le résultat espéré: les cailloux retombaient sur le sol après une trajectoire de quelques mètres.

Les mortiers des alchimistes orientaux ne peuvent être considérés comme de véritables armes à feu, mais ils constituent les premières applications de la poudre à canon.

LES PREMIÈRES ARMES À FEU, DE GRANDS SEAUX PERCES D’UN TROU

Ces expériences menées à bien, on se mit à construire les premières armes à feu rudimentaires. Il est très probable qu’elles furent utilisées pour la première fois en Espagne, sur les fortifications de Grenade, aux environs de 1275, sous la domination des Maures.

Elles consistaient en de grands seaux percés d’un trou, que l’on remplissait d’environ un kilo de poudre et d’une douzaine de cailloux. Une brindille allumée et introduite dans le fond du seau provoquait l’explosion, et les pierres étaient lancées au loin.

Ces armes inspiraient la terreur par le fracas de l’explosion, le feu et la fumée qui s’en échappaient : en cela résidait leur efficacité, mais elles ne pouvaient rivaliser avec les balistes pour la précision du tir, car la grande ouverture du seau ne permettait pas de bien ajuster le coup.

CHARGEMENT PAR L’AVANT

Au siècle suivant, les nouvelles armes, appelées « canons », ont désormais un aspect bien défini qui, de longtemps, ne changera pas. La bouche à feu est montée sur deux roues, ce qui en facilite le transport; elle est mise en équilibre sur un pivot qui permet de régler le pointage.

Pour préparer le canon, le servant, muni de son refouloir, met au fond de la bouche à feu la quantité de poudre requise et la comprime contre la culasse grâce à un dispositif étudié à cet effet; puis il introduit un disque de bois pour séparer la poudre de la balle et, enfin, le projectile.

Pendant les opérations de chargement, ces armes se révèlent très dangereuses pour les canonniers car, pendant le transport, la poudre a tendance à former des nuages denses qui, au moindre contact avec le feu, provoquent une explosion. On songe alors à transporter la poudre non préparée et l’on repartit ses composants en trois barils différents; ce n’est qu’au moment de charger la pièce que l’on fait le mélange dans une auge.

Par la suite, on améliore la sécurité en réduisant le mélange en grains (grenage); les doses étaient d’abord mélangées (gâchées avec de l’alcool ou de l’eau), puis mises à sécher pour être pétries en forme de briquettes, que l’on broyait ensuite.

Avant 1420, les boulets n’étaient que de simples pierres ressemblant plus ou moins à des sphères; puis se répandirent peu à peu les projectiles en fer ou en plomb, qui offraient l’avantage de pouvoir être rayés, ce qui leur donnait une trajectoire plus rectiligne. Ces caractéristiques étaient déjà assez satisfaisantes pour ce qui est de la précision du tir, mais les canons avaient encore des inconvénients: ils étaient longs à charger et contraignaient le canonnier à rester à découvert, exposé au feu de l’ennemi pendant tout le temps de l’opération.

DES ARMES PORTATIVES

En même temps que les gros canons, sont créées des armes de dimensions plus réduites et portatives, par exemple le « canon à main » qui n’est autre qu’un canon en miniature. Bien qu’aucun dispositif mécanique ne les apparente encore aux fusils modernes, ces armes, très simples, sont faites d’un manche en bois auquel est adapté un tube.

Apres avoir chargé son canon rudimentaire, le soldat allume la poudre en approchant simplement une ficelle enflammée du trou pratique au centre de la bouche à feu. L’un des premiers modèles d’arquebuse laisse présager ce qu’allait être le fusil moderne. La crosse en bois facilite l’appui de l’arme contre l’épaule. Grâce à un petit levier en S, le soldat peut, par un simple mouvement du doigt, enflammer la poudre placée dans le bassinet, à la partie supérieure du tube.

Le feu se transmet, grâce à un petit trou pratique au fond du bassinet, à la poudre contenue dans le canon, et provoque la détonation.

CHARGEMENT PAR L’ARRIERE

Le premier essai de canon se chargeant par l’arrière fut construit vers 1380 au moyen âge : ainsi le canonnier pouvait-il recharger la pièce sans se mettre à découvert. A l’arrière du canon, la partie supérieure du tube était sciée sur une longueur d’un pied environ, pour que puisse s’y encastrer une culasse mobile.

Une fois remplie de poudre et de boulets, celle-ci était mise en place et bloquée au moyen d’un levier. L’opération du chargement se faisant à l’arrière de la bouche à feu laissait le canonnier libre de s’abriter derrière un créneau ou une palissade.

Pourtant ce canon avait lui aussi un inconvénient sa puissance de tir était faible. En effet, la fermeture entre la culasse mobile et le tube était imparfaite, les gaz dégagés par l’explosion de la poudre s’échappaient par les fissures et diminuaient la portée de l’arme. Pour cette raison, tant que ne fut pas perfectionnée la technique des fonderies (c’est-a-dire jusqu’au XIXe siècle), les canons demeurèrent presque tous à chargement par la gueule.

Sources