Alexandre le Grand

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Alexandre le grand est né en -356 à Pella en Macédoine et mort en juin -323 à Babylone. Il est le fils de Philippe II de Macédoine et de son épouse Olympias, princesse d’Epire.

Membre de la dynastie des Argéades, Philippe II est autant un roi avisé et charismatique qu’un chef de guerre compétent. C’est sous son règne que se construit un processus d’expansion de la Macédoine,  et dont la victoire de Chéronée en -337 marque l’apogée. Après cette bataille remportée face à une armée coalisée grecque, durant laquelle le bataillon sacré de Thèbes alors réputée comme étant la meilleure des unités de soldat de toute la Grèce est anéantie, Philippe II réussit ce qu’aucun Macédonien n’a pu faire jusqu’alors, c’est-à-dire soumettre les cités grecques d’Athènes et de Thèbes, qui sont à cette époque les cités les plus fortes et les plus influentes du monde grec.

Ces évènements consacrent l’hégémonie macédonienne, et sont le point de départ de projets politiques et économiques ambitieux, à travers notamment une volonté de la part de Philippe II de conquérir des terres en Orient et au-delà de la Méditerranée, c’est-à-dire affronter l’empire perse des Achéménides. Alexandre le Grand, après la mort de son père en -336, va poursuivre ce projet de conquêtes militaires, lequel va devenir, par sa dimension et l’aura mystique qui l’entoure, une des plus glorieuses conquêtes de l’Antiquité.

Alexandre le Grand, conquérant

C’est à travers ce projet que Alexandre le Grand entre dans l’histoire et écrit l’histoire, en manquant de son empreinte non seulement le monde connu, c’est-à-dire le monde méditerranée et le Proche-Orient, mais aussi ce qui n’est pas encore connu, comme par exemple les territoires éloignés de l’Inde et de l’Afghanistan. On peut ainsi se demander quelles sont les images et les portraits que l’on peut se faire d’Alexandre le Grand, en tenant compte des références et des hommages qui ont pu lui être rendus au fil de l’histoire.

Dans un premier temps, nous montrerons qu’Alexandre le Grand est un homme hors du commun, avec des qualités exceptionnelles qui incitent ses contemporains à le rapprocher d’un dieu. Dans un second temps, nous verrons cependant qu’Alexandre a cherché derrières ses conquêtes un compromis entre deux sociétés différentes, la société grecque et la société perse. Enfin, nous analyserons l’héritage historique que cet illustre personnage a laissé à l’histoire, héritage qui a fait l’objet de plusieurs réappropriations à des fins diverses.

Le chef de guerre

Alexandre le Grand est tout d’abord connu en tant que chef de guerre remarquable, capable de réagir avec vigueur et intelligence face à l’ennemi perse, en dépit d’une évidente infériorité numérique. Il prouve a maintes reprises son courage et sa bravoure, comme le montre par exemple la bataille d’Issos en -333 où il charge à la tête de sa cavalerie, traversant les rangs perses jusqu’à provoquer la fuite même de Darius. Alexandre est comparé à Achille, héro grec de l’Iliade que le jeune roi a pu lire à plusieurs reprises lors de son éducation faite par Aristote. Il recherche la gloire personnelle sur le champ de bataille, que ce soit à travers ses victoires ou les risques énormes qu’il prend au combat. Une « belle mort », soit le fait de tomber bravement au champ d’honneur, est aussi un moyen de glorifier l’individu. Alexandre franchit également les limites du monde connu, en s’approchant des vallées de l’Himalaya et en s’arrêtant en Inde aux bords de l’Hydapse. Ces conquêtes donnent à Alexandre un immense empire, teinté de gloire et de prestige. Alexandre possède cependant des défauts, à travers une personnalité colérique et orgueilleuse.

Il lui arrive sous l’effet de l’alcool de s’en prendre à ses compagnons, et même de les exécuter en cas de supposé complot. C’est par exemple le cas de Parménion, général et fidèle d’Alexandre, héro de la bataille d’Issos et assassiné par les hommes du roi.

L’empire d’Alexandre le Grand

Les victoires macédoniennes donnent à Alexandre un immense empire, qui s’étend de l’Egypte à l’Inde. Alexandre n’entend pas bouleverser le système administratif de l’empire perse. Le système des satrapes (ceux qui gouvernent les provinces et régions de l’empire perse) est conservé, et eux seuls peuvent ordonner ou non le prélèvement des impôts comme ce fut le cas dans le système achéménide. Il est à noter que seul les satrapes qui refusèrent de reconnaitre la domination macédonienne furent remplacés, tandis que ceux qui se montèrent coopératifs on conservés leur fonction. Alexandre ne démantèle pas l’armée perse, il la conserve non seulement pour maintenir l’ordre au sein des immenses territoires conquis, mais aussi pour renforcer l’armée macédonienne épuisée par les affrontements qu’elle a livrée face à Darius.

De fait, l’armée qui début la campagne de l’Inde en 326 est une mosaïque de nations, où se côtoient Macédoniens, Egyptiens et une part importante de mercenaires perses venus de tout l’Empire. Alexandre se marie avec une princesse iranienne, Roxane, afin de se légitimer en tant de successeur des Achéménides. Il adopte même en partie le vêtement iranien ainsi que des coutumes perses, éléments pourtant considérés comme « barbare » aux yeux des grecs car issus d’une culture différente de la leur.  Le but d’Alexandre est de conserver la fidélité des peuples conquis, et de ne pas s’imposer comme un tyran étranger.

Cette volonté de compromis rencontre des oppositions plus ou moins importantes au sein de l’armée. Callisthène, compagnon du jeune roi, dénonce à plusieurs reprises et au prix de sa vie cette attitude, qui tranche avec la personnalité conquérante et purement militaire que l’on peut se faire d’Alexandre le Grand.

Enfin, les victoires et l’image de ce guerrier quasiment invaincu ont fascinés les rois et empereurs à travers les siècles. Les ouvrages sur la vie d’Alexandre, comme le Pseudo-Callisthène écrit au IIIe siècle qui retrace la vie du roi macédonien et les récits du chancelier royal Eumène de Cardia, représentent des sources essentielles pour comprendre qui était ce guerrier hors du commun.

Alexandre, la postérité

Après sa mort, Alexandre le Grand est divinisé, on voit en lui le conquérant, mais aussi le fondateur de la ville d’Alexandrie et celui qui a repoussé les limites du monde connu, l’homme qui a écrit l’histoire. On ne connaît pas cependant le lieu exact ou est enterrée la dépouille du guerrier, et les hommes qui veulent rechercher par la suite une légitimité politique ou tout simplement montrer leur admiration doivent se baser sur des récits pour visiter sa dernière demeure.  Par exemple, César en -48 en le premier à lui rendre hommage devant un supposé tombeau d’Alexandre à Alexandrie, puis c’est au tour d’Octave en -30. Au Moyen Age, le héro macédonien apparaît comme un modèle de chevalier pur et brave qui ne recule devant rien. Au XIXe siècle, Alexandre devient une figure intéressante pour le mouvement du symbolisme, qui cherche à donner une vision nouvelle et mystique de l’historie en refusant une description objective de la réalité.

Le triomphe d’Alexandre le Grand peint entre 1875 et 1890 par Gustave Moreau s’inspire de « l’épopée » d’Alexandre, l’aura et les émotions qu’il évoque. Dans ce tableau, il apparaît non plus comme un mortel mais comme un demi-dieu, au sommet de sa puissance qui domine tous les hommes depuis son trône. Il incarne le triomphe de la Grèce, qui a soumit l’Inde, pays qui est dépeint comme merveilleux et mystérieux à travers la vaste végétation qui entoure le centre du tableau (et Alexandre) mais aussi à travers des ruines en arrière-plan imaginée pour être aussi belles que singulières. Dans ce tableau, le héro macédonien apparaît comme une figue du symbolisme, un homme qui rassemble la gloire et la mythologie. Alexandre le Grand apparaît alors comme l’incarnation d’un rêve, d’un idéal chevaleresque, un être qui fait le lien entre les mortels et les dieux. 

Ainsi, nous pouvons dire qu’Alexandre le Grand a réalisé durant sa vie un parcours hors du commun, digne d’une épopée. Aidé de ses compagnons et de son armée, il multiplie les actes de courages, de bravoure et de ruse, cherchant à imiter Achille dont sa mère Olympias prétend qu’il en est le descendant. Le fait qu’il épargne la famille de Darius, qu’il rentre en vainqueur à Babylone sont des épisodes qui constituent la légende d’un conquérant, mais également celle d’un homme capable de compréhension et de compromis. La victoire sur l’empire perse, alors une des plus grandes puissances du monde connu, puis l’avancée jusqu’à l’Inde sont des événements qui restent dans l’histoire comme symbole triomphe grec sur les rois étrangers.

L’image tout à fait positive qu’on le se fait d’Alexandre à travers les siècles, à savoir un idéal chevaleresque et un modèle de réussite en matière de politique et militaire, doivent cependant être nuancée. Alexandre commet des actes brutaux dans l’empire perse afin d’asseoir sa domination, dont le plus connu est peut-être le pillage de Persépolis, qui conduit à la destruction par les flammes de l’une des plus belles cités de l’empire perse. De même si il peut être comparé à un demi dieu aussi fort que sage, il cède parfois à la colère jusqu’à s’emporter contre ses propres compagnons dont la méfiance envers eux va prendre au fur et à mesure de l’importance.

Enfin, si Alexandre le Grand est éternellement lié à la gloire et la mythologie, il ne faut pas oublier que sa mort, probablement due à une fièvre, ainsi que sa longue agonie sont celles d’un simple homme. Un homme qui rend l’âme non pas sur un champ de bataille, mais dans un simple lit, de manière silencieuse et presque pitoyable au regard de l’épopée qu’il a accomplit.