Les hoplites, combattants de l’Antiquité

Hoplites à la bataille des Thermopyles

Les hoplites sont des fantassins d’élites grecs. Lourdement armés, ils sont la référence du combattant antique jusqu’à l’utilisation d’unités plus légères.

Essor et déclin de l’hoplite durant la guerre du Péloponnèse (431 av JC-404 av JC).

Dans les Vies Parallèles, Plutarque écrit au sujet de la vie de Thémistocle au chapitre III.1 les mots suivants «  Après la bataille de Marathon, alors que tous célébraient l’intelligence militaire de Miltiade, on le voyait méditer longuement tout seul, ne pas dormir la nuit, et refuser de prendre part aux banquets habituels. Quand les gens le questionnaient, surpris d’un tel changement dans sa manière de vivre, il répondait que le trophée de Miltiade l’empêchait de dormir ».

Alors que la plupart des Athéniens pensent que la victoire qu’ils viennent de remporter va mettre un terme définitif  aux hostilités avec la Perse, Thémistocle, futur héro de Salamine, voit en Marathon le début d’un long conflit et difficile contre l’empire achéménide. Quoi qu’il en soit, Marathon marque les esprits de tous, aussi biens ceux des Grecs que ceux des Perses. En -490, malgré leur infériorité numérique, les hoplites athéniens repoussent à la mer et avec de lourdes pertes les forces de Darius, mettant un terme à la première guerre médique.

Le choc est immense, l’armée de la première puissance du monde connu a été vaincue par des soldats appartenant à une cité faisant pâle figure si on la compare aux richesses de Persépolis ou de Babylone. Cette bataille est devenue un mythe, un symbole de la victoire des valeurs grecques (la démocratie, mais aussi la solidarité et le sens de la belle-mort) sur la tyrannique perse, présentée comme avide d’or et de richesses.

Les hoplites deviennent des héros, des exemples de vertus civiques.

Si l’impact stratégique de Marathon fut longtemps surévalué, au point d’oublier que les Perses possèdent à la fin de cette guerre la maîtrise de la mer Egée, il n’en reste pas moins que cette victoire constitue un symbole de la puissance de l’hoplite sur le champ de bataille. L’hoplite, ce soldat-citoyen, est ce qui symbolise pour le grand public, plus encore que la trière, la puissance militaire grecque. Pourtant à la fin de la guerre du Péloponnèse en -404, l’hoplite est devenu un outil militaire parmi d’autres, il connaît un déclin important et vite gommé par l’imagerie populaire. Son rôle et son hégémonie sur le champ de bataille n’est plus du tout le même avant et après ce conflit. Ainsi, nous pouvons nous demander quelles évolutions a connu la place de l’hoplite sur le champ de bataille durant la guerre du Péloponnèse qui oppose principalement Athènes et Sparte, ainsi que leurs alliés respectifs.

Dans un premier temps, nous verrons que au début de ce tragique conflit, l’hoplite est le cœur de la formation de combat, et ce dans toutes les cités grecques. Dans un second temps, nous verrons que ce modèle de combat est remis en cause, du fait de ses limites de plus en plus critiques. Enfin, il nous reviendra d’analyser la nouvelle place de l’hoplite à la fin de la guerre du Péloponnèse. 

Partie I : Les hoplites, l’atout maître de l’infanterie grecque.

L’hoplite est un soldat armé d’une lance, d’une épée, d’une cuirasse ainsi que d’un hóplon (son bouclier), mais c’est avant tout un citoyen. Un citoyen aisé, voire appartenant à l’aristocratie car l’achat des armes et de l’amure vaut chère, souvent comparable au prix d’un esclave. Le métier d’hoplite n’est donc pas accessible à toutes les classes sociales, surtout à Athènes ou les citoyens pauvres, les thètes, deviennent des rameurs. Les hoplites jouissent aussi d’une grande popularité à travers les siècles, et même aujourd’hui. Le film 300 réalisé en 2007 par Zack Snyder montre la force et l’efficacité des hoplites spartiates, tandis que sa « suite » 300, Rise of a Empire souligne le courage et l’habileté des hoplites athéniens en proposant une vision hollywoodienne de Marathon.

Ces films montrent des erreurs, voire des contre-sens historiques, au sujet du comportement de l’hoplite au combat et surtout de son utilisation. On voit par exemple Léonidas et ses hommes torse-nu et avides de sang, n’hésitant pas à rompre les rangs tandis que le second film présente Thémistocle chargeant à la tête de ses hommes sur un ennemi complètement surpris, ce qui n’est pas la réalité des faits. L’hoplite est un soldat lourdement armé, à la mobilité réduite, qui pour survivre sur le champ de bataille doit combattre au sein d’une phalange, ou ligne de bataille. Cette formation de  combat est constituée exclusivement d’hoplites, sur plusieurs rangs de profondeur.

Chaque hoplite protège de son bouclier son partenaire, et chacun tente avec sa lance d’atteindre le côté exposé de l’ennemi.

Cette formation classique, qui privilégie le choc au détriment de la mobilité, à l’avantage de permettre d’aller rapidement au corps à corps et d’enfoncer les lignes ennemies, sans que celui-ci n’ai d’autre choix que de fuir ou d’accepter ce type de combat. La ligne de bataille a fait ses preuves à Marathon ou à Platées en -479 contre des soldats perses trop légèrement équipés pour le corps à corps. Elle fait également ses preuves durant la guerre du Péloponnèse.

En -418, les Spartiates remportent une grande victoire sur les hoplites athéniens à Matinée. Cette victoire fait valoir définitivement la supériorité de l’hoplite spartiate sur son ennemi athénien. Elle démontre que la ligne de bataille spartiate encaisse mieux les chocs, et que sa cohésion est sans pareille, ce qui lui permet de manœuvrer plus efficacement que ses adversaires. Ces qualités sont dues à l’éducation militaire des citoyens de Sparte, la plus poussée du monde grec. Les spartiates sont entraînées dés leur plus jeune âge à faire la guerre. Leur éducation, l’agôgé, est faite de privation et d’entrainement physique et militaire. Une fois leur formation accomplie, ces citoyens deviennent des homoioi, des égaux entre eux, avec une formation au combat sans pareil.

Les autres tâches de la cité sont déléguées aux hilotes, des esclaves attachés à des terres qu’ils cultivent pour la cité. On peut voir ici que l’hoplite occupe une place importante dans les combats, et est l’objet d’effort de la part des cités, Sparte étant l’aboutissement d’un modèle exclusivement dédié à la guerre et à la recherche de l’hoplite le plus efficace. Pourtant la guerre du Péloponnèse va souligner les points faibles de l’hoplite, de plus en plus critiques, ainsi que les limites de son utilisation.

Partie II : Limites tactiques de l’usage des hoplites.

   L’hoplite en tant que tel n’est pas l’arme parfaite, mais lorsque débute la guerre du Péloponnèse, personne ne connaît vraiment ses limites. Il faut dire que les batailles de Platée et de Marathon ont laissées derrières elles un héritage victorieux, avec une image positive de l’hoplite surtout quand on sait que la Perse pouvait aligner contre les Grecs des armées de centaines de milliers d’hommes.

La charge de l’hoplite est l’élément qui a pu apporter la victoire, celle qui à Platées chasse définitivement les Perses du sol grec, avec à la clef  la mort de leur chef Mardonios. Lorsque la guerre du Péloponnèse débute, chaque cité grecque compte sur ses hoplites pour la représenter sur le champ de bataille, et y faire la différence en cas d’affrontement. C’est oublié que les guerres médiques opposent deux cultures militaires, le mode de combat perse privilégiant la manœuvre et l’usure de l’ennemi et l’attaque à distance via une pluie de flèches. De fait, les soldats perses n’ont pas de cuirasses et sont dépourvues au corps-à-corps, contrairement aux Grecs.

Ainsi, lorsque commence les affrontements entre hoplites grecs, les combats sont acharnés et cause de terribles pertes à celui qui cède au corps-à-corps. A Matinée en -418, Athènes perd 1100 hoplites, contre moins de 200 à Marathon. Lors du siège de Syracuse en -414, Athènes subit sa pire défaite de la guerre en perdant, avec la défaite navale devant Syracuse, environ 50 000 hommes dont plus du quart sont des hoplites. Pour une cité peuplée d’environ 300 000 âmes, c’est un choc démographique, l’armée de terre d’Athènes est considérablement affaiblie et ne s’en relèvera jamais. De plus les méthodes de combat durant ce conflit sont différentes de celles des guerres médiques. Alors que dans cette dernière l’immense majorité des affrontements terrestres sont des batailles rangées opposant des dizaines de milliers d’hommes, la façon de combattre évolue dans la guerre du Péloponnèse.

On fait place à une guerre plus mobile, avec des embuscades et des coups de main afin d’économiser les forces de la cité.

Matinée et Syracuse sont en fait des exceptions plus que la règle, dans la mesure où il devient risquer pour une cité de mobiliser d’un seul coup toute sa masse combattante. Cette guerre mobile ne correspond pas à l’utilisation de l’hoplite, en témoigne la bataille de Sphactérie en -425. 420 hoplites spartiates sont harcelés à distance par des unités légères athéniennes, notamment des peltastes. Courageux et endurants au corps-à-corps mais incapables de riposter, les 292 survivants se rendent. C’est un choc dans le monde grec, puisqu’il s’agit d’homoioi, c’est-à-dire des hoplites appartenant à la même catégorie sociale que ceux qui ont combattus aux Thermopyles et à Platées contre les Perses. Cet affrontement met un terme à l’invincibilité spartiate, il constitue également le déclin des formations de combat lourdes et avec elles les hoplites. Désormais, ils vont devoir composer avec d’autres unités combattantes, qui incarnent des rôles tout aussi essentiels dans le combat.

Partie III : le développement des formations interarmes durant la guerre.

   Le conflit qui oppose Sparte, Athènes et les cités alliées est bien différent des guerres médiques. Il oppose deux cités, qui utilisent toutes deux des hoplites, mais aussi deux modèles différents.  Athènes sait qu’elle ne dispose pas d’hoplite de même valeur que ceux des spartiates, car l’éducation militaire dans les deux cités diffère. Elle mise davantage sur des unités légères, les peltastes, dont le nom est tiré de leur bouclier en osier.

Ce sont des combattants légèrement équipés, mobiles et armés de frondes ou de javelots. Ils sont capables d’harceler l’ennemi, voire de forcer à la reddition des formations d’hoplites, comme à Sphactérie par exemple. La cavalerie, qui n’a jamais été le point fort des grecs, fait sa réapparition sur le champ de bataille et trouve toute sont utilité dans une guerre mobile. La cavalerie athénienne surveille par exemple la province de l’Attique, et mène des embuscades contre les alliés de Sparte.

Enfin, le théâtre maritime joue un rôle clef dans le conflit. La thalassocratie athénienne, actée lorsqu’Athènes prend le contrôle de la mer Egée après les guerres médiques, lui permet de mener des raids sur les côtes du Péloponnèse. Il ne faut pas oublier que c’est également sur mer que se joue l’issue de la guerre. C’est le spartiate Lysandre qui détruit la flotte athénienne à Aigos Potamos en -405, qui y perd 150 trières et la suprématie maritime, qui est son principal atout. A travers ce conflit, on peut constater que les armées mobilisées se sont diversifiés et se sont adaptés à une guerre d’usure mobile et étendue sur de vastes territoires, une guerre où la bataille rangée est devenue une exception.

L’hoplite n’incarne plus le rôle central qu’il avait durant les conflits précédents, il agit dans des formations de combat interarmes aux côtés de la cavalerie et autres unités légères, ce qui renforce la polyvalence des armées. 

En conclusion, nous pouvons dire que l’hoplite grec est l’héritage du passé victorieux des guerres médiques. Aujourd’hui encore, il est impensable pour le grand public d’évoquer l’Antiquité grecque sans oublier l’hoplite. Dans le cinéma, 300 et d’autres films ont achevés de concevoir une pensée dans laquelle l’hoplite est le soldat quasi omniprésent lors d’affrontement terrestre. 

La vérité est pourtant bien différente, dans la mesure où la guerre de Péloponnèse met en avant des unités légères et rapides comme les peltastes, idéals dans une guerre d’embuscades. De plus les cités n’ont contrairement à la Perse pas de réservoir d’homme important, ce qui explique pourquoi les raides sont privilégier afin d’économiser des forces.  Il n’est plus rentable d’engager toute sa masse combattante en un seul affrontement. Les batailles rangées, seul cas où l’hoplite conserve sa supériorité, deviennent rares, et encore la masse combattante engagée est faible lorsque on la compare à des batailles contre les perses comme Marathon. Sparte l’apprend à ses dépends à Sphactérie où elle perd 420 de ses meilleurs hoplites, eux-mêmes tenus en haute estime dans le monde grec, face à des unités légères athéniennes. Certes, l’hoplite ne disparaît pas totalement, on le rencontre encore en phalange lorsque Athènes et Thèbes se mobilisent pour combattre l’armée macédonienne de Philippe II. 

Néanmoins, il perd sa place centrale dans les effectifs militaires ainsi que sa supériorité sur le champ de bataille face à des formations légère ou la cavalerie. La phalange macédonienne est le résultat de cette évolution, puisqu’elle réussit à être compacte tout en favorisant une mobilité et une capacité à repousser las assauts des la cavalerie et autres formations légères grâce à la sarisse, lance longue de six mètres. Cette phalange va supplanter la ligne de bataille, et mettre un terme à la place des hoplites grecs sur le champ de bataille.