Pourquoi la bataille de Camerone ?

Pourquoi la bataille de Camerone

Bataille de Camerone, le 30 avril 1863, 62 légionnaires sont retranchés dans une hacienda d’un village perdu au Mexique. Leur officier, le Capitaine Danjou, leur fait jurer de ne jamais déposer les armes. Cette bataille se déroule sous le Second Empire lors de l’expédition du Mexique.

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Car dehors, ce sont près de 2000 mexicains bien décidés à les déloger qui les attendent. Sans vivre ni munitions, ils tiendront ce serment même après la mort de leur chef.

Et ceux qui accepteront finalement de se rendre, après avoir vu tomber tous leurs frères d’armes au terme d’un combat qui les fera entrer dans la légende, ne le feront pas sans avoir cherchés une ultime fois la mort.

Pour une lecture « in situ »

Préface de la bataille de Camerone

L’issue de cette lutte inégale ne faisait bien sûr aucun doute. Le choix de combattre plutôt que de se rendre n’apportait pas grand chose d’un point de vue purement tactique. Pas même le prestige d’un combat envers et contre tout, les légionnaires étant complètement isolés de leurs lignes et ne comptant sur l’instant pas trop sur les mexicains pour faire connaître leur fin glorieuse. Et rappelons aussi qu’à l’époque la Légion Étrangère n’a pas encore sa pleine identité, ce qui signifie que nos hommes n’ont théoriquement rien à prouver ni de modèle antérieur auquel faire honneur.

Théoriquement, j’insiste.

Ils ont donc fait le choix de livrer bataille en connaissance de cause, en clair de mourir à l’insue de tous – tout du moins des circonstances de leurs morts. Pour quelles causes, quelles raisons ces hommes ont-ils fait don de leur vie ? Et qu’est ce qui leur à donné cette force morale de tous les diables alors qu’ils savaient leurs heures comptées ?

Ils ne savaient sans doute pas qu’ils seraient eux-mêmes les initiateurs de ce modèle du combattant absolu, ferme dans sa promesse et peu importe si la situation était désespérée. Ni que leur humble quoique héroïque action allait donner à leur Corps une réputation qu’aucun autre n’a vraiment réussi à égaler jusque là.
Abus de langage ? Pas si sûr. Voyons ça ensemble.

Les légionnaires de la bataille de Camerone

Il faut d’abord rappeler que de sa création, en 1831, jusqu’à l’orée de l’expédition du Mexique, la Légion est dans sa « période d’essai » et n’encourage pas le recrutement : la paie est basse et irrégulière, accusant par la une administration douteuse, l’équipement est issue de stocks anciens – les légionnaires se battent à Camerone avec des fusils à rechargement par la bouche contre des ennemis dotés d’armes à répétition alors que le Chassepot existe déjà -, les conditions déjà misérables sont accentués par la quasi-absence de services de soutiens (soins, logistiques) etc… et elle est généralement reléguée à des missions secondaires d’escorte ou de sécurisation.

Nous ne nous attarderons pas sur les réformes qu’il a fallu appliquer ni les nombreuses difficultés qu’il a fallu surmonter pour rendre cet ensemble cohérent, et surtout, étoffer et conserver les effectifs. Disons simplement que la genèse de la Légion Étrangère a été une aventure en soi et que son avenir a souvent été un horizon incertain.
Il y a cependant un point qu’il faut évoquer pour bien comprendre le sujet.

La piètre existence que promettait la Légion ne pouvait attirer que ceux qui trouveraient malgré tout à y gagner : nécessiteux, désoeuvrés, proscrits, malfaiteurs, criminels etc… qui cherchaient surtout à échapper à leur ancienne vie (et accessoirement aux conséquences de leurs actes).

Face à un personnel largement mal-famé, les officiers vont naturellement devoir instaurer une discipline extrêmement rigide qui serait totalement contre-productive dans n’importe quelle armée européenne d’alors. Mais pour des hommes venus de partout qui n’ont en commun que ce qui les ont poussés à s’engager, vraisemblablement de grandes difficultés, qui n’ont rien à perdre ou déjà tout perdu, et parfois même commis l’irréparable, cela constituera le cadre qui leur manquait jusque là.

Rajoutons que quitter leur pays d’origine, leurs horizons, leurs habitudes a pu être une rupture qui a « facilité » le processus d’adaptation aux rigueurs implacables de ce nouvel environnement.

Ces hommes qui ont souvent connus l’exclusion sous toutes ses formes allaient devoir apprendre à oeuvrer ensemble, chose bien sûr inhabituelle pour pour la majorité d’entre eux, et leur demandait donc des efforts plus importants que pour des recrues classiques. Mais c’est précisément parce qu’ils découvrent littéralement la vie en communauté (du moins, sur des bases plus saines), sous le strict encadrement de leurs chefs, qu’ils vont développer cet esprit de corps indéfectible qui les caractérise toujours.

Se met en place un cercle vertueux ou l’évolution de l’individu se mettra au service d’un ensemble dont la propre amélioration imposera à chacun le même seuil d’efficacité.

Cette volonté d’exceller affranchie de toute compétition les pousse à se surpasser en permanence, et a logiquement une forte incidence sur le capital moral et celui de compétences qui sont portés bien au delà des standarts d’une unité conventionnelle.

En clair, une association d’hommes atypiques évoluant dans un cadre atypique donne forcément un potentiel atypique

La bataille de Camerone, vitrine du savoir faire de la légion

A Camerone, nous pouvons pleinement mesurer le pouvoir de ce potentiel. L’obsolescence matérielle et l’insuffisance numérique (1 contre 30) sont en partie « corrigés » par un état d’esprit infaillible qui permet une excellente utilisation de l’armement et suscite une très grande combativité de la part de chaque soldat malgré une situation désespérée. En plus de se battre, les assiegés doivent composer avec un incendie provoqué par l’ennemi, s’occuper des blessés, gérer au mieux les stocks de munitions…

En bref, être au four et au moulin. Le ratio de pertes favorables aux légionnaires en dépit de l’énorme déséquilibre des forces et des moyens témoigne de leurs qualités combattantes, et leur polyvalence au feu n’est pas sans rappeler les meilleures unités d’interventions actuelles – qui opèrent elles rarement dans une telle situation d’isolement.

Bataille de Camerone, les légionnaires aux prises avec les mexicains – Artiste Giuseppe Rava

La relation entre les soldats et leur hiérarchie contribue aussi énormément au sentiment d’unité. Les officiers – plus particulièrement les sous-officiers – se montrent exigeants et intransigeants, mais c’est avec cette poigne de fer qu’ils tirent le meilleur de chaque homme. Ceux-ci ne se sentent plus jugés sur leur intégrité mais sur leurs aptitudes, leurs actes, leur volonté et leur capacité à mettre ces valeurs en commun, formant ainsi une sorte de modèle social basé sur le mérite, le courage et bien entendu la fraternité.

La devise Legio Patria Nostra illustre bien ces propos dans un sens large et toujours d’actualité. Mais pour en revenir au sujet, le sacrifice du légionnaire Catteau, qui n’a pas hésité à se jetter au devant des balles pour mourir à la place du Sous-Lieutenant Maudet, donne une idée assez clair de la considération des hommes pour leurs chefs dans la Légion.

Dans cet environnement purement militaire ou seule les vertus combattantes sont reconnues, il n’est pas très difficile de comprendre l’attitude extraordinaire de Danjou et ses hommes face à ce qu’ils considéraient comme un devoir certes de par leur profession mais surtout moral.

Ni que l’espoir de la victoire ne fait absolument pas parti de l’équation opérationnelle de la Légion Étrangère quand il s’agit se battre, depuis Camerone (et plus si affinités…).

Auteur : Christophe Logel

FAQ

Qui commande la légion étrangère à la bataille de Camerone ?

Le capitaine Danjou

Où se situe la bataille de Camerone ?

Au Mexique

Quand se déroule la bataille de Camerone ?

Le 30 avril 1863

Quelle est la mission de la légion étrangère à la bataille de Camerone ?

Le 29 avril 1863, un convoi français part du port de Veracruz, chargé de vivres, matériel de siège, médicaments, munitions et de 4 millions de francs en pièces d’or.

Renseigné par une indienne sur l’attaque probable du convoi, le colonel Jeanningros décide d’envoyer une compagnie aux devants de celui-ci. Les deux compagnies d’intervention étant déjà engagées sur des escortes, c’est la 3e compagnie qui reçoit la mission d’explorer les abords de Palo Verde avant l’arrivée du convoi…

Dossier Second Empire