Pendant quelques décennies, au VIIe siècle av. J.-C., Ninive joue en Orient le rôle que Rome tiendra plus tard en Occident : celui de capitale du monde civilisé. L’Assyrie, petit pays du Tigre, a soumis par la terreur tout l’Orient, de l’Iran à l’Égypte. René Grousset raconte cette ascension et décrit un art qui compte parmi les plus puissants de l’Antiquité.
Sommaire
- Une monarchie guerrière
- La terreur comme méthode
- L’apogée des Sargonides
- Le palais et la tour
- Un génie animalier
- La chute
Une monarchie guerrière
Les Assyriens, issus des Akkadiens de Babylonie, s’établissent au confluent du Tigre et du Zab. Leurs premiers rois sont les grands prêtres d’Assour et d’Ishtar, mais leur royauté, contrairement à celle du pharaon, n’a rien de mystique : c’est une monarchie militaire, et la guerre devient, écrit Grousset, « l’industrie nationale ». Après deux siècles de luttes, l’Assyrie arrache à Babylone la suprématie en Mésopotamie. Téglath-Phalasar Ier étend son autorité sur le nord du pays, mais ses successeurs sont battus par les Hittites à Karkemish, et l’Assyrie s’efface pour plus d’un siècle. Ce répit permet l’apogée du royaume hébreu sous David et Salomon et l’essor commercial de Tyr.
La terreur comme méthode
Assurnazirpal II, au IXe siècle, rend à l’Assyrie son rang. Grousset dresse de lui un portrait effrayant tiré de ses propres inscriptions : vaincus écorchés vifs ou empalés, rois captifs aveuglés, routes jalonnées de pyramides de têtes. Son fils Salmanazar III soumet les derniers Hittites d’Alep et fait de Damas un vassal. Puis l’Assyrie, épuisée, s’efface de nouveau, et l’Ourartou en profite. Ce royaume de la région du lac de Van, qui n’est pas arménien, emprunte à l’Assyrie l’écriture cunéiforme et forme à son tour une monarchie militaire.
L’apogée des Sargonides
Le redressement vient de Téglath-Phalasar III, qui bat l’Ourartou, Babylone et Damas. Son général Sargon II fonde la dynastie des Sargonides. Il écrase l’Ourartou et détruit le royaume d’Israël en 722 av. J.-C. Sennachérib saccage Babylone, Assarhaddon envahit l’Égypte, et Assurbanipal détruit l’Élam. L’empire s’étend alors de la Cappadoce à l’Iran et du Caucase à l’Égypte.
Le palais et la tour
Grousset décrit les palais bâtis sur des terrasses de briques crues qui les surélèvent comme des collines. Leurs portes colossales sont gardées par des taureaux ailés à tête humaine, les lamassus. Au-delà s’étend une cour carrée bordée des appartements royaux, « aussi jalousement fermée » que le sérail d’un sultan. Les bas-reliefs et les tablettes de la bibliothèque royale célèbrent les guerres, les chasses et les vengeances du roi. Au-dessus du palais se dresse le temple, une tour à sept étages en retrait, chacun dédié à un astre et peint d’une couleur différente : blanc, noir, jaune, pourpre, vermillon, argent et or. À Khorsabad, elle atteint quarante-deux mètres de haut.
Un génie animalier
Ce peuple brutal est aussi, selon Grousset, un peuple d’artistes, et surtout de grands animaliers. Les chasses d’Assurbanipal, conservées au British Museum, en offrent les chefs-d’œuvre : dogues tirant sur leur laisse, onagres en fuite, poulain qui rue, jument qui se retourne vers son petit. La plus célèbre est la lionne blessée, l’arrière-train paralysé par une flèche, qui fait face à la mort dans un dernier rugissement. Les chevaux de guerre sont rendus avec amour, de la charge du char royal à l’écurie où un palefrenier étrille sa bête. Seul défaut aux yeux de Grousset : l’excès de détail dans les figures humaines, où broderies, cheveux et muscles sont rendus sans omission.
La chute
En 612 av. J.-C., que Grousset place encore en 606 selon la chronologie de son temps, le roi mède Cyaxare et ses alliés babyloniens prennent Ninive et la détruisent. L’empire est partagé : l’Assyrie aux Mèdes, la Mésopotamie et la Syrie à Babylone, dont le roi Nabuchodonosor II détruit Jérusalem en 586 av. J.-C. L’art assyrien survit pourtant à l’empire : il inspirera les sculpteurs perses, sassanides et indiens.
Source : René Grousset, Histoire de l’Asie, tome I : L’Orient, 1921, chapitre I, « L’Empire assyrien », « La civilisation assyrienne » et « L’art assyrien ».
Questions-Réponses
La dynastie fondée par Sargon II, qui porta l’Assyrie à son apogée avec Sennachérib, Assarhaddon et Assurbanipal.
La lionne blessée des chasses d’Assurbanipal, conservée au British Museum, figée face à la mort.
En 612 av. J.-C., par les Mèdes de Cyaxare alliés aux Babyloniens ; Grousset donnait la date de 606 alors admise.
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