Au milieu du XVIIIe siècle, la Birmanie est conquise par ses voisins môns du Pégou. En quelques années, un simple chef de village la libère, conquiert le Pégou et fonde l’empire birman qui résistera, en partie, aux Anglais. Adolphe Dubois de Jancigny raconte en 1850 l’épopée d’Alaungpaya, d’après le colonel Symes, envoyé britannique à la cour d’Ava en 1795.
Sommaire
Un peuple guerrier
Les Birmans appellent leur pays Myamma ; les Européens le nomment souvent Ava, du nom de sa capitale. L’auteur, qui suit les idées de son temps, les croit issus d’une caste guerrière indienne. Il note que leur histoire ne repose sur des sources sûres qu’à partir du XVIIe siècle. Le grand enjeu des guerres entre Birmans et Môns, selon lui, est la maîtrise du fleuve Irrawaddy, voie vitale de tout le commerce du pays.
L’aventurier portugais
Les Portugais, présents dès le XVIe siècle, se mêlent à ces luttes. L’auteur raconte l’histoire de Filipe de Brito e Nicote, favori du roi d’Arakan et gouverneur du port de Syriam pendant douze ans. Ayant capturé le roi de Toungoo, il s’attire la vengeance du puissant roi d’Ava, qui l’assiège avec une armée immense. Après une longue résistance, la forteresse tombe en 1613. Brito refuse de se prosterner devant le vainqueur et meurt empalé ; les Portugais survivants sont déportés près d’Ava, où leurs descendants vivent encore, assure-t-on.
La conquête môn
Vers 1740, les Môns du Pégou se soulèvent. Mieux armés, grâce à des renégats hollandais et à des métis portugais qui dirigent leur artillerie, ils remportent plusieurs victoires et prennent Ava en 1752. Le dernier roi birman est emmené captif. Le vainqueur annonce que la Birmanie ne sera plus qu’une province du Pégou.
Le chef de Moksobo
C’est alors qu’apparaît Alaungpaya, que l’auteur appelle Alom-Prâ, chef du petit village de Moksobo, d’humble extraction mais d’une rare intelligence. Avec une centaine d’hommes dévoués, il massacre la cinquantaine de soldats môns qui occupent son village. Il écrit au vice-roi pour présenter l’affaire comme une querelle imprévue. Celui-ci envoie un millier d’hommes pour l’arrêter ; ils trouvent le village palissadé, et Alaungpaya les met en déroute à la tombée de la nuit. Les populations se rallient à lui, et son fils Hsinbyushin reprend Ava.
En 1754, l’armée môn remonte l’Irrawaddy. Alaungpaya fait répandre la rumeur que la garnison d’Ava arrive sur ses arrières : l’ennemi se débande. Les Môns, exaspérés, mettent à mort le vieux roi birman captif et massacrent les notables birmans de leurs provinces, ce qui soulève tout le pays. Alaungpaya bat le roi de Pégou devant Prome, prend le contrôle du delta et fonde sur les ruines d’une ancienne ville le port de Rangoun, nom qui signifierait « fin de la guerre » ; le grand stupa de Shwedagon se dresse à proximité.
La chute de Pégou
Les Anglais et les Français, installés à Syriam, soutiennent en secret l’un les Birmans, l’autre les Môns, en se rangeant toujours du côté du plus fort. Exaspéré par leur double jeu, Alaungpaya fait exécuter les principaux Européens et détruit leurs comptoirs. En 1757, après un long siège, il prend Pégou, la capitale môn, livrée au pillage. Il conquiert ensuite la côte jusqu’à Mergui et Tenasserim, puis envahit le royaume de Siam. En 1760, devant la capitale siamoise, il tombe malade et meurt sur le chemin du retour, à quarante-six ans selon les sources modernes, cinquante selon l’auteur. En sept ans, conclut celui-ci, il avait assuré l’indépendance de son pays, étendu ses frontières et laissé de nombreux édits d’administration.
Source : Adolphe Dubois de Jancigny, Japon, Indo-Chine, Ceylan, collection L’Univers, 1850, « Histoire des Birmans ».
Questions-Réponses
Un chef de village birman qui libéra son pays de la domination môn à partir de 1752, conquit le Pégou en 1757 et fonda la dynastie Konbaung.
Alaungpaya, après sa victoire sur les Môns, sur l’emplacement d’une ancienne ville du delta de l’Irrawaddy.
Après la prise de Syriam par le roi d’Ava en 1613, il refusa de se prosterner devant le vainqueur et fut empalé.