Comment Constantinople supplanta Rome

Constantinople empire byzantin

L’AN 330 est une grande date historique : après plus de deux mille ans d’hégémonie, Rome est
parvenue à l’époque où elle cesse d’être le centre du monde romain, tandis que Constantinople ville orientale sise entre la mer Noire et la mer de Marmara, à l’emplacement de la vieille Byzance, prend sa place.

Ce changement, qui fut l’œuvre de l’empereur Constantin, eut pour origine deux motifs essentiels : 1 – la situation stratégique occupée par Byzance (qui en cela était privilégiée face à Rome) faisant mieux obstacle aux invasions des peuples barbares;

2 – le désir de Constantin de donner à l’Empire romain une capitale chrétienne, rôle que Rome, aux traditions païennes, ne lui semblait pas pouvoir remplir.

A la mort de Théodose (395), l’empire était divisé en Empire romain d’Occident et en Empire romain d’Orient, Constantinople devint alors tout naturellement capitiale de ce dernier.

L’Empire d’Occident se disloqua en 476, après les invasions barbares, mais l’Empire d’Orient dura encore plus de mille ans.

Sommaire

Naissance de Constantinople

Lorsque Constantin décida d’y édifier sa capitale, la « nouvelle Rome » de l’Empire romain, Byzance était une cité vieille de plus de mille ans. Elle avait été fondée au vIIᵉ siècle (667) av. J.C. par quelques colons grecs venus, pense-t-on, de Mégare, ville de l*isthme de Corinthe.

Son nom vient peut-être de celui du chef des colons, un certain Bizas; puis la nouvelle ville prit le nom de « Constantinople » (c’est-à-dire la ville de Constantin). Par la suite, les Turcs lui donnèrent le nom d’Istanbul.

Byzance s’érigeait sur un promontoire élevé, au point où le détroit du Bosphore entrait dans la mer de Marmara. Sa position stratégique n’échappa pas à l’empereur Constantin : la ville ne pouvait être attaquée de l’intérieur que sur un côté (à l’ouest) et, pour la prendre par les autres côtés, il était nécessaire de disposer d’une flotte. Les Barbares n’en possédaient pas; il suffisait donc de fortifier la zone communiquant avec la terre ferme.

Constantinople au centre des échanges commerciaux

Pendant le règne de l’empereur Justinien (527-565), Constantinople (ou Byzance) parvint à
l’apogée de sa splendeur, abritant près d’un million d’habitants, y compris ceux des
faubourgs. Elle ne tarda pas devenir le centre commercial le plus important du monde.

Ses grands bazars offraient à profusion les produits les plus caractéristiques de l’Orient et de
l’Occident : tapis persans, pierres précieuses venues de l’Inde, prestigieuses soies de
Chine, laines d’Espagne…

« BASILEUS TON ROMAION »

Au VIe siècle, l’empereur Justinien arracha l’Afrique aux Vandale, l’Italie aux Ostrogoths et les côtes méridionales de l’Espagne aux Wisigoths. Byzance fut alors sur le point de reconquérir l’Occident et de reconstituer l’unité brisée de l’Empire romain.

Mais deux siècles plus tard, Arabes et Lombards mettaient obstacle à ces vastes projets, et
l’Empire byzantin s’en tint donc aux pays d’Orient. Il perdit peu à peu tout ce qui l’apparentait
à la civilisation romaine, et prit un caractère tout à fait oriental.

Les empereurs se faisaient toujours appeler Basileus ton Romaion, (roi des Romains), mais ils organisaient leur empire selon le système des anciens royaumes d’Orient. Ils voulaient être considérés comme des chefs absolus de l’État et de la religion.
Chrétiens, ils se disaient isapostoloi, c’est-à-dire « semblables aux Apôtres » et, comme tels,
s’arrogeaient le droit de diriger l’Eglise, prétendant que le patriarche de Constantinople, chef de
la hiérarchie ecclésiastique en Orient, leur devait entière soumission. Ils exerçaient leur pouvoir par l’intermédiaire de logethètes, ministres qui formaient le conseil d’Etat.

En province, ils gouvernaient grâce à leurs « stratèges » (du grec strategos, général/, gouverneurs en qui ils avaient toute confiance.

Comme dans les empires d’Orient, le peuple devait entière soumission au souverain qui ne
quittait guère son somptueux palais où les courtisans le tenaient à l’écart de ses sujets.

L’extension du pouvoir de l’empire Byzantin

De 553 à 568, l’Empire d’Orient s’étendit en Italie, avant que celle-ci ne tombe sous la
domination des Lombards. Byzance y instaura un gouvernement militaire dont le siège fut Ravenne;
c’est de cette ville que l’exarque » exerçait son autorité civile et militaire. Quand Serbes, Croates et Bulgares d’Orient, tentèrent, au VIII* siècle, de pénétrer dans l’Empire les Byzantins ne purent les repousser. Ils furent obligés de composer avec eux et, à leur tour, les Slaves subirent leur influence et se convertirent au christianisme.

Les Byzantins furent aussi en contact avec les Russes et, au Xe siècle, le prince Vladimir devint chrétien à son tour pour épouser une princesse byzantine; il contribua donc à faire connaître dans son pays sa nouvelle religion. Ainsi Byzance porta-t-elle parmi les peuples de l’Orient à la fois sa religion et sa civilisation.

Architecture byzantine, ambassadrice de Constantinople

Les Byzantins surent combiner de façon originale les divers éléments d’art romain, grec et
oriental, créant un style architectural qui s’exprima tout particulièrement dans les édifices
sacrés, d’une imposante somptuosité.

La basilique Sainte-Sophie, à Constantinople, construite en 532 sur l’ordre de Justinien, est un chef-d’œuvre. On raconte que pendant près de six ans 10 000 ouvriers y travaillèrent, la décorant de splendides mosaïques, de précieux bas-reliefs en or, en argent et en ivoire.

De nombreuses œuvres dues à l’art byzantin se trouvent en Italie, notamment à Ravenne, Venise, Vérone.

En France, il en reste assez peu de traces, puisque Byzance n’avait pas étendu sa puissance sur la
Gaule. Néanmoins on en trouve encore à Paris, au musé du Louvre et à la Bibliothèque nationale; au musée dc Cluny (Saône-et-Loire); à la cathédrale de Sens, dans le trésor.