Guerre de Vendée et chouans

Guerre de Vendée

La Guerre de Vendée se passe pendant la Révolution française. Symbole d’une résistance royaliste contre l’avènement de la République, la réalité est plus constratée.

Menée par des chefs charismatiques, l’insurrection comme la chouannerie se fera écrasée dans le sang.

Sommaire

Le pays où se développera l’insurrection ne possède, au moment de la Révolution, ni unité géographique, ni unité historique. Il forme un quadrilatère d’environ 120 km de côté, compris entre les villes d’Angers, de Nantes, de Paimbœuf, des Sables-d’Olonne, de Parthenay et de Thouars. Dans l’ensemble, c’est une région couverte, un damier de champs, de pâturages, de fourrés épineux que séparent des levées de terre, des canaux étroits et des haies épaisses.

La Vendée

La Révolution a fait de cette région un département, la Vendée. La population, en majeure partie terrienne, y est vigoureuse, énergique, trés attachée à ses convictions religieuses et soumise à ses prêtres.

Pauvre, le paysan a la fierté de son état et conçoit une horreur invincible pour la servitude. Fidèle jusqu’au bout à ceux qui lui inspirent confiance, il ne donne cette confiance qu’à son gré. La noblesse, également appauvrie, a conservé son influence; elle reste étroitement unie au peuple, sans aucune barrière.

Le gentilhomme vit sans faste, au sein de sa famille et de ses fermiers, dont les baux, peu onéreux, sont renouvelés de père en fils. Grand chasseur, ayant quelque peu servi dans l’armée ou la marine, endurci aux fatigues et aux intempéries, il entretient avec ses paysans les relations les meilleures, sans morgue ni mépris.

La Révolution, à ses débuts, est bien accueillie dans le pays : bas-clergé et noblesse sont favorables aux réformes. Les paysans ne voient pas d’un mauvais œil disparaître certains privilèges. Mais de nouvelles lois entraînent le mécontentement : la Constitution civile du clergé, la loi du Serment, qui portent atteinte à la liberté de conscience, la chasse aux prêtres insermentés blessent vivement les paysans dans leurs convictions profondes.

La déposition du roi, son exécution, la captivité de son fils soulèvent une réprobation unanime. Enfin, les décrets de réquisition des célibataires de 18 à 40 ans mettent le comble à la fureur des paysans. Le pays est mur pour l’insurrection armée.

Chefs de guerre vendéens
Chefs vendéens

La Guerre de Vendée

La lutte est déclenchée le 12 mars 1793, à Saint-Florent, par Jacques Cathelineau, un pauvre colporteur, bientôt nommé généralissime. Il n’est pas possible de narrer ici le déroulement de cette terrible guerre qui ensanglantera tout l’Ouest de la France.

Elle sera jalonnée par l’attaque sur Nantes où périra Cathelineau, la prise de Saumur par les Vendéens le 29 juin, leur défaite à Luçon, leurs succès à Torfou (le 19 septembre) et à Coron, leurs échecs à Châtillon, à Mortagne (où est tué Lescure), à Cholet (où d’Elbée et Bonchamp sont frappés à mort), leur passage de la Loire, leur victoire d’Entrammes le 27 octobre, leur marche sur Mayenne, Fougères, Avranches et Granville, leur retraite vers le sud, les désastres qu’ils essuyèrent au Mans le 13 décembre, et à Savenay, le 25. C’est la fin de la grande guerre.

Les « colonnes infernales » du sinistre Turreau ne livrent plus que des combats isolés contre La Rochejaquelein, Charette et Stofflet qui tiennent encore.

Les années suivantes voient la mort de La Rochejaquelein, dit «Monsieur Henri», l’un des chefs vendéens les plus représentatifs, l’incendie de Cholet par Stofflet, la soumission momentanée de ce dernier et de Charette, la reprise d’armes de 1795 et, enfin, la capture et l’exécution de ces deux généraux, en 1796.

L’armée vendéenne

Que penser des combattants vendéens? Ces « paysans-soldats » manquent totalement d’instruction militaire et de discipline, ils prennent et déposent les armes quand ils le veulent, quittent sans se gêner le chef qui n’a pas su conserver leur estime.

Mais ils sont dévoués corps et âme à leur cause : « Dieu et le roi». Pour assurer son triomphe, aucun sacrifice ne leur coûte. Seuls l’héroïsme, la confiance créent ou confirment leurs chefs; un paysan, un artisan comptent autant que des gentilshommes, s’ils les égalent en valeur et en compétence.

D’ailleurs, ces chefs, ils vont les chercher eux-mêmes pour les mettre à leur tête, de gré ou de force, tel Bonchamp, ancien capitaine, à Saint-Florent, tel Charette ancien lieutenant de vaisseau, dans le pays de Retz, tel d’’Elbée, ancien officier, à Beaupreau. Le petit peuple fournit aussi ses chefs: Cathelineau, le garde-chasse Stofflet, et tant d’autres qu’il serait trop long de citer.

Lorsque leurs adversaires, les «Bleus» (ainsi nommés en raison de la couleur de leur uniforme), sont signalés, le tocsin sonne dans les villages.

Aussitôt les hommes abandonnent la charrue, décrochent le fusil ou la faux, se munissent d’un quartier de pain et suivent leur capitaine de paroisse. Les femmes se mettent en prière et préparent les charrettes de pain du ravitaillement, vont faire le coup de feu ou soignent les blessés et assistent les mourants avec les aumôniers.

Au combat, la tactique est très simple : les Vendéens se dirigent sur l’ennemi en colonnes de 4 ou 5 de front, puis s’égaillent à droite et à gauche, les meilleurs tireurs en avant. Les canons ouvrent le feu, les aumôniers donnent aux combattants une dernière absolution, puis, aux cris de « Vive le roi! », les paysans se précipitent sur l’adversaire et, d’abord, sur son artillerie avant qu’elle ait pu recharger ses canons.

Pendant ce temps, les ailes cheminent de buisson en buisson et entourent la position. Alors, c’est l’attaque en masse pour écraser l’adversaire. Si le combat tourne mal, les « Blancs » disparaissent comme des lièvres vers des positions de rassemblement fixées à l’avance.

Leur habillement est des plus bigarrés: ils ont de larges chapeaux de paille ou de feutre, des bonnets de laine rousse. La veste arrondie brune, bleue ou grise, le gilet très court, la culotte boutonnée sur le côté, des guêtres de grosse toile, des sabots ferrés constituent leur ordinaire costume de travail. Ils sont armés de fusils de chasse, d’armes prises aux « Bleus » ou de faux emmanchées à rebours.

Sur la poitrine, ils arborent le Sacré-Cœur de Jésus, très honoré dans le pays, et, autour du cou, un chapelet. Les officiers ne se distinguent guère des soldats; ils mettent à leur chapeau quelques plumes blanches et endossent parfois la redingote bleue ou verte et la ceinture blanche.

« L’absence de toute règle précise, écrit la marquise de La Rochejaquelein, venait de ce qu’elle eût été superflue et même nuisible. Chacun était sûr de soi et des autres. Il ne fallait pas prescrire de devoir à des gens qui faisaient toujours plus qu’il ne leur était possible. »

La chouannerie

En Bretagne, le marquis de La Rouërie, combattant de la guerre américaine, forme, dès 1791, une conjuration destinée à soutenir, à l’intérieur, les princes, frères du roi, qui agiront de l’extérieur.

Il s’abouche, dans le Maine, avec Jean Cottereau contrebandier, avec Guillemot, paysan de Bignan, avec des gentilshommes tels que du Boisguy, Boishardy, Lahaye de Silz, le chevalier de Tinténiac, petits hobereaux sans fortune, pour la plupart arrivés à des grades subalternes dans l’armée.

La Rouërie étant mort, c’est Jean Cottereau qui déclenche l’insurrection, dès le 15 août 1792, avant les Vendéens. Il forme une bande d’insurgés dont le cri de ralliement sera celui de la chouette, d’où le surnom de « Chouans ».

La révolte s’étend rapidement en Bretagne, dans le Maine, en partie dans la Normandie. C’est un véritable soulèvement populaire animé, d’une part, par cet amour de la liberté que les paysans ont tant à cœur et, d’autre part, par les entraves mises au libre exercice du culte.
Sur cette résistance à l’oppression vient se greffer le sentiment de fidélité au principe royal que les anciens officiers connaissent bien.

Raconter toute l’histoire de la Chouannerie serait une lourde tâche. De 1793 à 1800, ce ne sont que combats, escarmouches, embuscades, surprises et massacres.

La tactique des Chouans, contrairement à celle des Vendéens qui agissent par grandes masses, relève uniquement de la guerre de partisans. De petites bandes bien commandées, composées d’hommes entraînés et endurcis, connaissant admirablement le pays où ils vivent, poursuivent les colonnes républicaines, les attaquent par surprise, les déciment, les empêchent pratiquement de sortir de leurs cantonnements.

Les courriers sont interceptés, les diligences arrêtées. Tout militaire isolé est abattu, tout détachement peu nombreux tombe dans une embuscade. Les bandes disparaissent ensuite, se dissimulant dans les bois, dans des caches souterraines, dans des maisons ou châteaux truqués.

« Nous voyons, écrit le général Hoche, les sentinelles des brigands. Marchons-nous dessus, tout disparaît et se terre. Il ne reste aucun vestige. Tout leur sert, les femmes et les enfants. »

Comme les Vendéens, les Chouans nomment eux-mêmes leurs chefs; ce sont, pour la plupart, des paysans qui ont fait preuve de bravoure et de talents militaires. Les plus importants, cependant, sont pris parmi d’anciens officiers ou des gentilshommes du pays.

Tels du Boisguy, encore écolier à la Révolution, Boishardy, officier d’infanterie, Bruslart, officier émigré, le célèbre Cadoudal qui fera trembler Bonaparte, son ami Mercier, dit «la Vendée », fils d’un aubergiste, Frotté, le héros de la Normandie, Moulin, taillandier, Puisaye, le général de Quiberon, homme énigmatique, Limoëlan, Lahaye de Silz, ancien marin, Guillemot, Sol de Grisolles, Phélippeaux, Bourmont qui deviendra maréchal de France.

Le costume est aussi bigarré que celui des Vendéens : grands chapeaux ou bonnets de laine, vestes brunes ou grises doublées d’une peau de bique ou de mouton, braies courtes et larges, guêtres de cuir brut, souliers ferrés. Rien de militaire, rien de significatif sauf, parfois, le Sacré-Cœur sur la poitrine, le chapelet à la ceinture, une médaille bénite sur la cocarde blanche.

Paraissent les « Bleus », les insignes s’évanouissent; il ne reste plus qu’un modeste paysan qui n’a rien vu.

Comme souvent les insurrections de maquis, la Chouannerie laissera derrière elle un reliquat de bandes mal organisées, grossies de conscrits réfractaires et d’éléments douteux; ces hommes commettront des exactions relevant du droit commun et feront ainsi discréditer un mouvement qui eut une origine de loyauté et de fidélité.

Le gouvernement consulaire pacifie définitivement les régions de l’Ouest. Napoléon, qui admire les soldats de Charette, tente vainement de rallier à lui cette « race de granit». Tous restent fidèles à la cause pour laquelle ils ont combattu, gardant intactes leur foi et leur fidélité.

FAQ

Qui étaient les chefs de l’insurrection vendéenne?

Jacques Cathelineau, Charles Melchior Artus de Bonchamps, Maurice Gigost d’Elbée, François Athanase Charette de La Contrie, Henri du Vergier de La Rochejaquelein, Louis de Salgues de Lescure, Jean-Nicolas Stofflet, Jacques Nicolas Fleuriot de La Fleuriais, Charles de Royrand et Charles Sapinaud de La Rairie

Quel épisode de la Guerre de Vendée est aujourd’hui considéré par certains comme un génocide?

L’épisode des colonnes infernales de Turreau. En 1794, sous la Convention thermidorienneGracchus Babeuf, alors adversaire des Jacobins, écrit un pamphlet pour dénoncer Jean-Baptiste Carrier, et dans lequel il crée le terme de « populicide », terme renvoyant à l’ampleur de la dépopulation de la Vendée militaire.

Quels sont les chefs de la chouannerie ?

Armand Tuffin de La Rouërie, Joseph de Puisaye, Georges Cadoudal, Marie Paul de Scépeaux, Louis de Frotté, Louis de Bourmont, Godet de Châtillon, Aimé Picquet du Boisguy, Sébastien de Silz, Vincent de Tinténiac, Louis d’Andigné, Pierre-Mathurin Mercier, Amateur de Boishardy, Pierre Guillemot, Guillaume Le Gris-Duval, Jean Chouan

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