Histoire du Chevalier Bayard

Bayard sur le pont du Garigliano

Pierre Terrail de Bayard est le symbole du chevalier, sans peur et sans reproche. Son histoire est digne des plus grands récits de la chevalerie.

LA DATE CLÉ DE L’HISTOIRE DU CHEVALIER BAYARD

14 SEPTEMBRE 1515! Après une bataille acharnée de deux jours, pendant laquelle Bayard a montré sa vaillance habituelle et a failli être capturé, les Français sont vainqueurs des Suisses près du petit village de Marignan, à quelques kilomètres de Milan. Le roi Francois Ier, renouant avec la tradition féodale, veut être armé chevalier le soir même de la victoire; négligeant souverains et grands seigneurs qui l’entourent, il choisit Bayard pour parrain, expliquant ainsi sa décision:

«… Nul n’a eu l’heur de se trouver en tant de batailles, assauts et rencontres à pied et à cheval, et de donner de sa vaillance, expérience et bonne conduite. »

François Ier

Bayard, confus d’un tel honneur, essaie de se dérober mais, devant l’insistance de son souverain, il s’incline et, après avoir touché Francois Ier par trois fois avec son épée, il déclare: « Sois fière, ô mon épée, d’avoir aujourd’hui conféré l’ordre de chevalerie à un roi si brave et si puissant! »

UNE VIE ENTIERE CONSACRÉE AUX ARMES

Nous connaissons assez bien la vie de Bayard, grâce à deux de ses contemporains: Symphorien Champier, qui écrivit en 1525 les Gestes ensemble de la vie du preux chevalier Bayard, et surtout Jacques de Mailles, compagnon d’armes et peut-être confident de Bayard, qui, s’intitulant lui-même le « Loyal Serviteur », relata en 1527 la très joyeuse, plaisante et récréative histoire du bon chevalier sans peur et sans reproche, gentil seigneur de Bayard.

Cet ouvrage eut un grand succès tant il est écrit avec finesse et bonhomie. L’intérêt repose sur tout ce qu’il y a de bon, de noble, d’élevé dans les sentiments humains. Vers 1473, au château de la Bussiére, perché sur une des buttes qui jalonnent les rives de l’Isère dans le Graisivaudan, nait Pierre, le quatrième fils d’Aymon Terrail, seigneur de Bayard. Les Terrail ont payé cher l’honneur de servir les rois de France depuis le XIV° siècle, car bon nombre de chevaliers de leur famille y ont laissé leur vie. Le jeune Pierre, « éveillé comme un émerillon », se passionne vite pour les jeux violents, la chasse, l’équitation.

Quand son père lui demande l’état qu’il veut tenir plus tard, il choisit sans hésiter le métier des armes. Grace à l’appui de son oncle Laurent Alleman, évêque de Grenoble, Bayard fut présenté à 13 ans au duc Charles Ier de Savoie, qu’il séduisit par sa bonne mine et son adresse à manier un cheval. Il prit rang parmi ses pages. Charles VIII, émerveillé du sang-froid et de la grâce du jeune chevalier, le demanda au duc de Savoie.

« FURIEUX AUX ENNEMIS, DOUX, PAISIBLE ET COURTOIS AUX AMIS »

Pendant prés de quatre ans, auprès du comte de Ligny vers qui le roi l’a envoyé, Bayard s’entraine à la guerre en de nombreux tournois et sous la direction, semble-t-il, d’un redoutable « Capitaine » : Louis d’Ars.

En 1494, Charles VIII décide de faire valoir ses droits sur Naples; les guerres d’Italie commencent; son cousin Louis XII, puis Francois Ier reprennent ses projets et revendiquent non seulement Naples, mais aussi le Milanais. Pendant toutes ces campagnes, Bayard se couvre de gloire, « furieux aux ennemis», mais « doux, paisible et courtois aux amis » (selon le « Loyal Serviteur »); ménageant la vie de ses hommes, il expose facilement la sienne, acceptant ou provoquant les défis des chefs ennemis. Les guerres d’Italie terminées après les différentes paix de 1516, Bayard participe aux premières batailles qui opposent Francois Ier à son plus redoutable adversaire : Charles Quint.

Comme ses ancêtres, Bayard meurt au service de son roi. Le 29 avril 1524, à Romagnano, dans le Milanais, alors qu’à la tête de l’arrière-garde il protégeait la retraite de l’armée française, il est tué d’un coup d’arquebuse.

Parmi les faits d’armes accomplis par Bayard, parfois mal remis d’une blessure ou affaibli par la fièvre quarte, nous citons ci-après les plus célèbres de l’histoire du chevalier Bayard.

Lors de la guerre menée en Italie contre Ferdinand d’Aragon (autre prétendant au trône de Naples), Bayard, commandant d’une place forte, capture pendant une escarmouche le chef des ennemis: Alonso do Sotomayor. L’ayant traité généreusement bien que l’Espagnol, prisonnier sur parole, ait essayé de s’enfuir, il le libère contre une rançon de mille ducats. Sotomayor s’étant plaint d’avoir subi de mauvais traitements, Bayard le somme de se rétracter et, devant son refus, le défie en combat singulier.

Bien que le duel ait lieu à pied, sur la demande de l’Espagnol qui craignait de rencontrer un si habile cavalier, il se termine par la victoire de Bayard et la mort de son adversaire.

Peu de temps après son combat contre Sotomayor, Bayard, nous raconte le « Loyal Serviteur », s’empare, lors d’une embuscade tendue en compagnie de son camarade Tardieu, d’un trésorier ennemi porteur de 15000 ducats. Selon l’usage, l’argent est donc en totalité pour Bayard; il se montre tout d’abord ironique quand son camarade, qui voudrait se retirer au pays, lui en demande la moitié:

« Vous avez été de l’entreprise, non de la prise »

puis, se mettant à rire, il donne la moitié de Pargenta Tardieu et distribue le reste à ses soldats, sans rien garder pour lui-même. Le trésorier est libéré sans rançon.

LA REPONSE DU «BON CHEVALIER» A UN HERAUT QUI LUI DEMANDAIT DE SE RENDRE

En 1521, la guerre commence entre la France de Francois Ier et ’lempire de Charles Quint. Francois Ier confie à Bayard la défense de la place forte de Mézières, située sur la Meuse, que menace l’armée impériale. Le 31 aout, les ennemis mettent le siège devant la ville dont Bayard a fait restaurer les défenses, et leurs chefs, Nassau et Sickingen, envoient un héraut à la garnison pour l’inviter à se rendre. Bayard répond:

«… Vous vous en retournerez et leur direz que mon maître avait beaucoup et plus de suffisants personnages en son royaume que moi pour garder cette ville…; mais puisqu’il m’a fait cet honneur, j’espère la lui conserver si longuement qu’il ennuiera plus vos maîtres d’être au siège que à moi d’être assiégé. »

Apres une résistance acharnée, Bayard réussit, par un habile stratagème, à semer la discorde entre les chefs ennemis, qui « troussèrent leurs quilles sans avoir osé donner l’assaut pour la crainte du bon chevalier ».

FIN DE L’HISTOIRE DU CHEVALIER BAYARD, FRAPPÉ A MORT D’UN COUP D’ARQUEBUSE

En avril 1524, après la trahison du connétable de Bourbon, passé aux cotés de Charles Quint, l’armée française fut contrainte d’abandonner le Milanais. Bayard commandait l’arrière-garde «le visage droit aux ennemis et l’épée au poing, leur donnait plus de crainte qu’un cent d’autres. Mais fut tiré un coup d’arquebuse, dont la pierre vint le frapper au travers des reins et lui rompit tout le gros os de l’échine. Quand il sentit le coup, se prit à crier: « Jésus!» et puis dit « Hélas! mon dieu, je suis mort! » Si prit son épée par la poignée et baisa la croisée en signe de la croix… et devint incontinent tout blème et pensa tomber; mais il eut encore le courage de prendre l’arçon de la selle et demeura jusqu’à ce qu’un gentilhomme lui aida à descendre et le mit sous un arbre.

Il demeura encore en vie deux ou trois heures, et par les ennemis (survenus entre-temps alors que, sur l’ordre de Bayard lui-même, les Français avaient tous pour-suivi leur retraite) lui fut tendu un beau pavillon et un lit de camp sur quoi il fut couché.» Tel est le rapport que fit, de la mort de Bayard, le « Loyal Serviteur ».

Sources

Le Chevalier Bayard
Pierre Terrail de Bayard