En 480 av. J.-C., le roi des Perses Xerxès franchit l’Hellespont à la tête de la plus grande armée jamais rassemblée dans l’Antiquité. Dans son Histoire de la Perse, Jacques-Joseph Champollion-Figeac suit pas à pas cette expédition, d’après Hérodote, depuis la revue d’Abydos jusqu’aux désastres de Salamine, de Platée et de Mycale. Il la raconte cette fois du côté perse.
Sommaire
- Une armée en procession
- Les larmes d’Abydos
- Une armée mesurée au boisseau
- Les Thermopyles
- Salamine, Platée et Mycale
Une armée en procession
L’armée se met en marche dans un ordre solennel : les bagages et les chariots d’abord, puis la moitié des troupes de toutes nations mêlées. Viennent ensuite le corps du roi, précédé de mille cavaliers, les dix chevaux sacrés, le char de Jupiter tiré par huit chevaux blancs et le char royal attelé de chevaux niséens, les plus beaux de Perse, entouré de mille lanciers d’élite.
Dans la plaine de Troie, un orage cause de lourdes pertes. Xerxès sacrifie mille bœufs à Athéna d’Ilion, et le Scamandre est mis à sec pour abreuver hommes et bêtes.
Les larmes d’Abydos
À Abydos, assis sur un trône de marbre blanc, le roi passe son armée en revue et assiste à un simulacre de combat naval. Le spectacle l’émeut au point qu’il pleure sur la brièveté de la vie humaine, comme le rapporte son entretien avec son oncle Artabane. Puis l’armée franchit le détroit sur deux ponts : l’infanterie à droite, les bagages à gauche. Le défilé sur la côte d’Europe dure sept jours et sept nuits.
Une armée mesurée au boisseau
Dans la plaine de Doriskos, en Thrace, Xerxès fait dénombrer ses troupes. Champollion-Figeac s’émerveille du document conservé par Hérodote, qui détaille peuple par peuple les chefs, les costumes et les armes. Faute de pouvoir compter les hommes, on les mesure. On groupe dix mille soldats bien serrés, on trace un cercle autour d’eux et on y bâtit un mur à hauteur de ceinture. Toute l’armée passe dans ce « boisseau » : on en remplit cent soixante-dix, soit un million sept cent mille hommes selon Hérodote. La flotte compte 1 207 vaisseaux de guerre et trois mille embarcations plus petites.
Le passage de l’armée ruine les pays traversés. Les habitants d’Abdère, raconte Hérodote, remercient les dieux de ce que Xerxès ne fasse qu’un repas par jour : ils avaient fourni son souper la veille. La flotte franchit le canal creusé à travers la péninsule de l’Athos.
Les Thermopyles
Athènes et Sparte, seules visées par Xerxès, décident de garder le défilé des Thermopyles. Léonidas y commande quatre mille trois cents Grecs, dont trois cents Spartiates pères de famille. Il repousse plusieurs assauts, y compris celui des Immortels, la garde d’élite du roi. Mais un Grec indique aux Perses un sentier qui tourne le défilé par la montagne. Léonidas laisse partir ses alliés et meurt à son poste avec les siens. Xerxès, qui a perdu deux de ses frères dans la bataille, fait trancher la tête du roi spartiate et la fait suspendre à une croix.
Salamine, Platée et Mycale
Les Athéniens, suivant l’oracle qui leur conseille de chercher leur salut dans « une maison de bois », se réfugient sur leur flotte rassemblée à Salamine. Xerxès entre dans Athènes déserte et incendie l’Acropole. Thémistocle obtient que la flotte reste à Salamine ; le combat tourne au désastre pour les Perses, malgré la conduite remarquée d’Artémise, reine de Carie.
Xerxès reprend la route de l’Hellespont, laissant Mardonios en Grèce avec trois cent mille hommes. La retraite est périlleuse : les vivres manquent, des peuples se détachent et les ponts sont rompus. L’année suivante, Mardonios est tué à Platée et son camp pillé. Le même jour, la flotte perse, tirée sur le rivage de Mycale et protégée par des retranchements, est incendiée par les Grecs. Ironie de l’histoire, Thémistocle, banni par ses concitoyens, finira réfugié à la cour de Perse, où Xerxès l’accueille en guerrier honorable.
Source : Jacques-Joseph Champollion-Figeac, Histoire de la Perse (Asie orientale), collection L’Univers, chapitre XI, « Les Kéaniens ou Achéménides ».
Questions-Réponses
On remplit successivement d’hommes un enclos circulaire contenant dix mille soldats serrés ; il fallut le remplir cent soixante-dix fois, d’où le chiffre d’un million sept cent mille hommes.
Un Grec indiqua aux Perses un sentier de montagne qui permettait de tourner le défilé et de prendre les défenseurs à revers.
Après la défaite navale de Salamine, l’armée de Mardonios fut écrasée à Platée et la flotte perse détruite à Mycale le même jour.