Où est né le style Gothique et quels sont ses caractéristiques?

Cathédrale Notre Dame d'Amiens

Le style gothique, sommet d’un art dévoué à la religion. Moderne par ses techniques, il est né en France et se développa à travers l’Europe.

À CHAQUE VILLE SA CATHÉDRALE

SUPPOSEZ que vous viviez au XIIe siècle, et que, jouissant des mêmes facilités de transport qu’aujourd’hui, vous décidiez de traverser successivement plusieurs villes de France.

Vous seriez surpris d’y rencontrer de gigantesques chantiers. A quelles constructions étaient-ils destinés, puisque, à cette époque, il ne pouvait s’agir de vastes ensembles, d’usines, d’aéroports ou de stades?

En réalité, ces chantiers étaient la pour faire surgir de terre ces merveilles de l’art qui, depuis huit siècles, font notre admiration : les cathédrales.

Chaque ville voulait la sienne plus hardie et plus belle que toutes les autres, aussi architectes et artistes rivalisaient-ils d’audace et de talent.

C’est de cet effort collectif, provoque par une foi intense, qu’est né en France le style ogival ou gothique, qui s’est étendu, depuis, à l’Europe entière.

UNE VILLE AU TRAVAIL POUR LE STYLE GOTHIQUE

Tout le monde collaborait à la réalisation du chef-d’oeuvre, donateurs aussi bien que travailleurs. A Chartres, des femmes et des enfants aidaient a tirer les lourds chariots charges de pierres destinées à la construction du sanctuaire de la Vierge. A Rouen, une des tours de la cathédrale se voyait donner le nom de « Tour de beurre », en raison, dit-on, des offrandes apportées par les fidèles.

Cependant, ouvriers et artistes, travaillant surtout pour « la gloire de Dieu » voulurent par humilité rester anonymes (leur signature n’était représentée que par un emblème : feuille, fleur, tête sculptée, etc.). On connait à peine les noms de quelques architectes qui dressèrent les plans généraux.

La construction à cette époque étant bien plus lente qu’aujourd’hui, la plupart des cathédrales n’ont été achevées que plusieurs décades – voire plusieurs siècles – après la pose de la première pierre.

Par ailleurs, l’art évoluant avec le temps, il arrivait que les plans primitifs fussent changes pour être adaptés au style nouveau. Ainsi, quelques cathédrales sont-elles en partie d’un style plus récent (gothique flamboyant); enfin, lorsque la Renaissance vint détrôner le gothique, les églises alors en voie de construction restèrent souvent inachevées Saint-Pierre de Beauvais, qui devait être la plus haute cathédrale de France, n’a vu ajouter à son choeur que le transept et une travée de la nef.

DE L’OUBLI A L’ADMIRATION

Dans les siècles postérieurs, il y eut une violente réaction dans de nombreux pays d’Europe contre le style ogival.

Le peintre italien Vasari, dans une lettre à Raphael (ou, selon d’autres historiens, Raphaël dans une lettre au pape Leon X), l’a traité de « style barbare », digne des Goths: de la est venu le qualificatif « gothique ».

Au XVIIe siècle, on pensa même à démolir Notre-Dame pour la remplacer par une église plus moderne!

Ce fut la Revolution qui la sauva en écartant ce funeste projet, tandis que cette même Révolution faillit détruire Amiens, ville, qui fut sauvée à son tour par le courage des bourgeois de la ville.

Aujourd’hui, le gothique est à l’honneur. Les architectes modernes y voient un des styles les plus intelligents et les plus fonctionnels qu’on ait jamais conçus.

DES FACADES RICHEMENT DECOREES

La cathédrale étant la « Maison de Dieu », le peuple des fidèles voulait que ce soit le plus beau et le plus grand édifice de la ville. Sa façade est donc grandiose et richement décorée.

Au niveau du sol se trouvent les portails, en général au nombre de trois. Au-dessus sont les grandes fenêtres ogivales, les galeries de statues (galerie des Rois à Paris ou à Amiens), et une grande fenêtre ronde appelée rosace. Enfin, en haut, se trouvent les tours, très souvent différentes (Chartres, Amiens), car seuls les archevêchés avaient le droit d’avoir des cathédrales avec des tours absolument égales (Reims). Beaucoup de ces édifices n’en possèdent qu’une seule (Strasbourg). C’est là que sont placées les cloches, qui frappent les heures et sonnent pour les grands événements. Le gros bourdon de Notre-Dame pèse 15 tonnes.

Les tours dominent la ville et la signalent de loin. Celles de Chartres sont visibles à 15 km de distance.

BIBLE DE PIERRE, LES PORTAILS

Les portails de la façade principale et des façades du

sont souvent ornes de statues qui représentent la Sainte transept Trinité, la Vierge, les anges, les personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament, les saints de l’Eglise, les dogmes de la foi, ou même le démon. Devant les portails les enfants s’asseyaient pour apprendre le catéchisme, tandis qu’un prêtre, en montrant avec une baguette les statues, racontait leur histoire. C’est pour cela qu’ils ont été appelés la « Bible de pierre« .

Au centre du portail, le trumeau est orné de la statue la plus importante, souvent véritable chef-d’oeuvre le « Beau Dieu » et la « Vierge dorée » d’Amiens, la « Vierge à l’Enfant » de Notre-Dame de Paris. D’autres statues sont placées aux ébrasements à cote des portes « l’Ange au sourire » de Reims.

Au-dessus des portes se trouve le tympan, ou sont généralement racontées la vie du Christ et celle de la Sainte Vierge, ou bien les vies des saints. Le tympan du portail central représente presque toujours le Jugement dernier (cathédrale de Bourges). Entourant le pan, les voussures sont décorées d’une profusion d’anges, de saints, en de feuillages. Aux soubassements se trouvent des médaillons les me relief qui représentent les vertus et les vices, les arts et tiers, le calendrier, les fables, la faune et la flore, et les peuples lointains. Ceux du portail de Saint-Etienne-du-Mont, à Paris représentent des scènes de la vie des étudiants.

LE STYLE GOTHIQUE À L’INTÉRIEUR

La nef de la cathédrale est empreinte d’élévation et de majesté.

L’élan de ses colonnes et ogives semble les porter vers le ciel. A travers les vitraux, une lumière douce et colorée crée une ambiance de recueillement et de paix. Les grandes cérémonies lui donnaient un air de fête. La cathédrale de Reims, ou étaient sacrés les rois de France, a vu souvent défiler de somptueux cortèges. On peut encore y voir la place occupée par Jeanne d’Arc pendant le couronnement de Charles VII.

La plupart des cathédrales ont la forme d’une croix orientée vers l’est, c’est-à-dire vers Jerusalem. Le bras supérieur de la croix est le choeur; les bras latéraux forment le transept; le grand bras, la nef. Les allées qui longent la nef sont les bas-cotes, et celles qui entourent le choeur, le déambulatoire.

Une riche décoration sculptée, souvent inspirée de la flore de la région, orne l’intérieur: statues, reliefs, chapiteaux des colonnes. Les vitraux racontent des scènes de l’écriture sainte ou les vies des saints en de petits épisodes pleins de pittoresque. Sur ceux de la Sainte-Chapelle, à Paris, figurent 1 186 scènes.

Sources

Des hommes pour l’éternité : L’incroyable épopée des bâtisseurs de cathédrales

Le Temps des cathédrales