Qui est Talleyrand ?

Talleyrand

Talleyrand, son véritable génie de l’intrigue, allé à une absence quasi totale de scrupules, vont lui permettre, tout en accumulant honneurs et richesses, d’influer sur le sort de la France et sur les destinées de l’Europe entière.

Sommaire

« Mon Dieu, mais il boîte! », s’étonne le comte de Talleyrand, voyant, par la fenêtre, son fils jouer dans le jardin. Le petit Charles-Maurice est âgé de quatre ans à peine. Mal remis d’une mauvaise chute, il réussit par un prodige d’équilibre à dissimuler, aux siens, depuis plusieurs jours, sa claudication. Comédien né, doué d’une intelligence précoce, il perfectionnera avec l’âge son talent et l’appliquera à la politique.

L’abbé de Saint-Denis

L’autorité paternelle et les conseils répétés de son oncle et protecteur, le coadjuteur de l’archevêque de Reims, sont nécessaires pour que Charles-Maurice accepte d’entrer dans les ordres.

Frais émoulu de la Sorbonne, diplôme en poche, le futur abbé de Périgord n’éprouve qu’un intérêt très relatif pour les problèmes de la foi. Il se sent, par contre, tout à fait disposé à jouir, selon ses propres mots, de la « douceur de vivre ». Il est jeune, bien né, entouré d’amis et d’admiratrices. La tentation est forte, dans ces conditions, de profiter des agréments de la vie parisienne. Si forte sans doute que, même après avoir cédé, pour la forme, devant les menaces de son père, il ne change rien, en fait, à sa manière de vivre.

Titulaire d’un bénéfice de l’abbaye de Saint-Denis, il partage son temps entre les plaisirs et l’étude. Il lit énormément et tire peu à peu de ses lectures une science et un savoir qui lui donneront, dans les négociations futures, une nette supériorité intellectuelle sur la plupart de ses interlocuteurs.

En janvier 1789, quelques mois avant la Révolution, le comte de
Talleyrand
, mourant et inquiet pour l’avenir de son turbulent héritier,
tente d’affermir sa vocation en le faisant nommer évêque d’Autun.

Talleyrand et la Révolution

Le nouveau prélat ne se soucie guère de religion mais se passionne pour les affaires de l’État. Se rendant compte du parti qu’il peut tirer de sa position, il en profite pour se faire élire député du clergé d’Autun aux États généraux et quitte son diocèse définitivement, un mois à peine après y être arrivé.

Dès lors, sentant souffler le vent de la Révolution, il va, comme il explique dans ses Mémoires, « céder avant d’y être contraint et quand on pouvait encore s’en faire un mérite ». En termes plus clairs, cela signifie que, pour se sauver lui-même, il n’hésite pas à se faire l’apôtre des idées nouvelles : membre de l’Assemblée constituante, il participe, le 14 Juillet 1790, à la fête de la Fédération.

Continuant dans le même sens, il intrigue en faveur de la nationalisation des biens du clergé et officialise le schisme naissant en donnant sa démission de l’évêché d’Autun. Enfin, il n’hésite pas à sacrer solennellement trois évêques constitutionnels.

Talleyrand, l’ambassadeur malchanceux

En dépit des nombreux gages qu’il vient de donner au nouveau régime, Talleyrand pense qu’il est sage de se ménager toujours une porte de sortie. Il parvient, dans ce dessein, à se faire confier une ambassade à Londres, destinée à obtenir sinon l’alliance, au moins la non-intervention de l’Angleterre dans les affaires françaises. Il traverse La Manche à trois reprises et chaque fois pour essuyer un échec. Le gouvernement britannique ne peut se résoudre à considérer comme interlocuteur valable, ce révolutionnaire de trop fraîche date.

Les émigrés, de leur côté, encouragent les Anglais à refuser le dialogue avec un homme qu’ils n’estiment pas. L’ambassadeur malchanceux voit ses intrigues se retourner contre lui. Désavoué de part et d’autre, expulsé d’Angleterre par William Pitt, banni de France, il s’embarque pour l’Amérique sur le « William Penn ».

Après avoir échappé de justesse au naufrage, il arrive à Philadelphie en février 1794. Il y reste deux ans, pendant lesquels, faute de pouvoir influer directement sur la politique européenne, il consacre son temps à refaire fortune. Il écrit, à ses moments perdus, un mémoire sur les relations commerciales des États-Unis avec l’Angleterre, attendant patiemment que les événements lui permettent, sans risquer sa tête, de regagner sa patrie. Il est tenu au courant de l’actualité par sa correspondance régulière avec madame de Staël.

Celle-ci le prévient, en 1796, qu’elle a réussi à le faire rayer de la liste des émigrés et que le moment est favorable à son retour. Arrivé à Paris, l’influence de sa protectrice sur le directeur Barras lui doit d’être nommé ministre des Affaires extérieures, en juillet 1797.

Le prince de Bénévent et l’Empereur

«Talleyrand est l’un de ceux qui ont le plus contribué à établir ma dynastie », avouera Napoléon à Caulaincourt en 1812. Et c’est vrai. Nommé ministre du Directoire, le « diable boîteux », comme l’appellent ses ennemis, n’a rien de plus pressé que de préparer sa chute.

Il entre pour cela en relations avec Bonaparte, jeune général à la popularité grandissante, dont il prépare le coup d’État. Cette « précaution » lui vaut, au lendemain du 18 Brumaire, le ministère des Affaires étrangères. Paradoxalement, entre Napoléon, le conquérant, et Talleyrand, opposé aux «agrandissements du territoire » (« toutes ces usurpations de la force et de l’adresse »), naît rapidement une sorte de sympathie, fondée sur une estime réciproque. Le ministre devient, à la faveur des traités de Lunéville, d’Amiens et de Presbourg, le signataire des volontés de l’Empereur.

Couvert d’honneurs et de prébendes, il est fait grand chambellan en 1804, puis prince de Bénévent et, enfin, vice-grand électeur. Cela ne l’empêche pas, selon sa vieille habitude, de « prévoir l’avenir » : il profite de l’entrevue d’Erfurt, entre Napoléon et Alexandre I, pour envisager avec le Tsar l’éventuel effondrement de l’Empire et se ménager ainsi une utile bienveillance.

Le 28 juillet 1809, apprenant Ia trahison que complotent ensemble Fouché et Talleyrand, Napoléon entre dans une violente colère.

« Vous êtes un voleur, un lâche, un homme sans foi », tonne-t-il à la face du prince de Bénévent —, « vous avez trompé, trahi tout le monde; il n’y a pour vous rien de sacré… Vous mériteriez que je vous brisasse.… mais je vous méprise trop pour en prendre la peine ».

Napoléon Ier à propos de Talleyrand

Sa fureur passée, et sachant que ce traître peut se révéler utile, il n’inflige au coupable, pour tout châtiment, que le retrait de son poste de grand chambellan.

Dès lors, Talleyrand attend son heure et la prépare, en se maintenant en contact épistolaire avec le futur Louis XVIII.

Le retour des Bourbons

Dès la chute de l’Empire, Talleyrand consomme sa trahison. Le 31 mars 1814, il reçoit Alexandre Ier en son hôtel de la rue Saint Florentin. Il parvient à lui faire signer une déclaration, préparée d’avance, qui sous-entend clairement le retour de Louis XVIII, comme seul gouvernement « légitime » envisageable en France.

« La République est une impossibilité; la Régence, Bernadotte, sont une intrigue; les Bourbons seuls sont un principe », déclare Talleyrand au Tsar.

Le 23 avril, étant chef du gouvernement provisoire, il fait signer hâtivement par le comte d’Artois, frère du roi, encore absent, une convention d’armistice.

Le 31 mai 1814, Louis XVIII nomme Talleyrand ministre des Affaires étrangères.

Au traité de Paris, qui ramène la France vaincue à ses limites de janvier 1792, le ministre peut, pour une fois, demeurer fidèle à ses principes : « La France doit… rester circonscrite dans ses propres limites; elle le doit à sa gloire, à sa justice, à sa raison, à son intérêt. ».

Le chef-d’œuvre de Talleyrand est le congrès de Vienne. En retournant contre eux les arguments que les Alliés avaient employés, depuis 15 ans, contre Napoléon 1er, il brise la coalition qui avait perdu la France. Un traité d’alliance franco-anglo-autrichien est conclu le 3 janvier 1815 et contribue notamment à modérer les prétentions des vainqueurs.

Talleyrand et la maison d’Orléans

Après le congrès de Vienne, Talleyrand ne joue qu’un rôle effacé sous les règnes de Louis XVIII et Charles X. Il se prépare dans l’ombre, une fois encore, à des retournements spectaculaires. La révolution de 1830 est pour lui l’occasion d’un tour de passe passe remarquable.

Jonglant avec les idées, il parvient à faire admettre au monde que rien n’est plus souhaitable, après la faillite d’une monarchie de droit divin, que l’avènement d’une souveraineté populaire. L’Angleterre, depuis longtemps, a donné l’exemple. Pourquoi la France ne suivrait-elle pas le même chemin?

C’est ce qui se réalise effectivement avec l’avènement de Louis-Philippe.

Ayant contribué à l’installation de la maison d’Orléans, Talleyrand s’en fait l’ambassadeur, auprès de l’Angleterre, de 1830 à 1834. Il va enfin pouvoir réaliser son vieux rêve d’alliance.

« Trente six ans auparavant, écrit-il dans ses mémoires, j’avais quitté ces mêmes rivages de l’Angleterre, exilé de mon pays par la tourmente révolutionnaire, repoussé du sol britannique par les intrigues de l’émigration; j’y rentrai maintenant animé de l’espoir, du désir surtout, d’établir cette alliance de la France et de l’Angleterre, que j’ai toujours considérée comme la garantie la plus solide du bonheur des deux nations et de la paix du monde ».

Le duc de Wellington, ami de Talleyrand depuis le congrès de Vienne, et maintenant Premier ministre, accueille l’ambassadeur très favorablement. Cette sympathie jouera en faveur de la France, qui en a bien besoin. Il s’agit, en effet, de régler au mieux la question belge.

Louis-Philippe se trouve dans une situation apparemment sans issue. Les révolutionnaires belges, soulevés contre la tutelle hollandaise, font appel à la France pour conquérir leur indépendance. L’opinion française est nettement favorable à une intervention en Belgique.

Le roi, s’il s’abstient, ne peut qu’abdiquer et livrer son pays à l’anarchie; d’autre part, intervenir c’est lancer un défi à la Sainte Alliance et risquer la guerre. L’habileté de Talleyrand sera de faire pencher l’Angleterre en faveur de l’indépendance belge. Pour cela, il utilise l’argument de la souveraineté nationale, qui lui a déjà réussi :

« Puisque les monarchies anglaises et françaises sont issues de la volonté nationale, il est juste d’aider la Belgique dans cette voie. Sans l’Angleterre, il n’y a pas de coalition possible, et donc pas de guerre. Dans ces conditions, Louis-Philippe peut tenter une intervention limitée en Belgique ». Le 4 novembre, une conférence s’ouvre à Londres sous la présidence de Wellington. Elle impose, le jour même, un armistice. Le 20 décembre, l’indépendance de la Belgique est proclamée : c’est le fruit de l’alliance franco-anglaise contre la Hollande.

La mort de Talleyrand

Les dernières années de la vie du prince de Bénévent s’écoulent dans le calme, auprès de la duchesse de Dino, sa nièce, pour laquelle il nourrit une très sincère amitié. De ce sentiment naîtra ce que personne n’attendait plus de la part d’un évêque schismatique et renégat : le retour à la foi. Talleyrand meurt pieusement, le 17 mai 1838, administré par l’abbé Dupanloup. Certains se demandent si ce n’est pas pour Talleyrand une dernière manière de mystifier son monde. D’autres pensent que ses propres paroles résument, mieux que tout, son existence :

« Je veux, avait-il dit, que, pendant des siècles, on continue à discuter sur ce que j’ai été, ce que j’ai pensé et ce que j’ai voulu ».

Talleyrand

FAQ

Quand meurt Talleyrand ?

Talleyrand meurt pieusement, le 17 mai 1838, administré par l’abbé Dupanloup

Avec qui Talleyrand organise l’indépendance de la Belgique ?

Son ami, le duc de Wellington

Avec qui complote Talleyrand contre Napoléon ?

Le ministre Fouché

Quel titre Napoléon donne à Talleyrand ?

Prince de Bénévent

Quel évènement est le chef d’oeuvre de Talleyrand ?

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