Surcouf, le dernier corsaire

Robert Surcouf, corsaire

Robert Surcouf, dernier grand corsaire et fin des guerres de courses. Né à Saint-Malo, fameuse cité corsaire, il rentrera dans la légende en capturant le Triton puis le Kent.

Sommaire

S’il fallait faire le portrait de Surcouf, il semble que ces deux anecdotes le dépeindraient tel qu’il était : simple, emporté, intrépide.

Un jour qu’il cherchait à acheter la conscience d’un consul et d’un capitaine neutres, dont les renseignements pourraient
lui servir, les deux hommes renâclèrent. Surcouf explosa .

Bon sang! Il me faut un traître et un espion. Monsieur le consul, voulez-vous être mon traître ? Capitaine, voulez-vous être mon espion? Oui ou non ? Si c’est non, bonsoir!

Robert Surcouf

Une autre fois, après qu’il eût saisit le Kent en un combat épique, il
s’aperçut que le navire anglais contenait des barils d’or. D’après le règlement, la moitié devait revenir à l’Amirauté. Elle la réclama à Surcouf qui entra en fureur, quitta les bureaux et se fit conduire à bord. « foutez-mot ça à l’eau », tonna-t-il en désignant les barils d’or. Et des millions furent ainsi engloutis. Quand les fonctionnaires de l’Amirauté arrivèrent pour saisir la part réservée, Surcouf leur cria : « Allez les chercher, allez les chercher, messieurs de la Marine! » et il s’enferma dans sa cabine, fou de rage.

Avec Robert Surcouf se termine la « guerre de course » et cette dernière page écrite par le Grand Malouin n’est pas une histoire languissante. C’est une fin éclatante, pleine de péripéties, de combats et de turbulence, de courage et de gloire. Têtu comme un Breton, aventureux et plein d’audace comme un Malouin, Surcouf est le lion indompté et indomptable, brutal et sensible, emporté et généreux.

La jeunesse de Surcouf

Il naquit à Saint-Malo, la « cité corsaire », le 12 décembre 1773, cent ans après Duguay-Trouin, cet autre Malouin avec lequel il présente tant de similitudes. L’un et l’autre eurent la même enfance turbulente; l’un et l’autre étaient destinés à la prêtrise; comme Duguay-Trouin, Robert Surcouf fut tonsuré et mit le séminaire en révolution. Il fit même plus, il mordit son professeur et s’enfuit!

Désespéré de ne rien pouvoir faire d’un pareil garnement, son père l’embarqua sur le Héron, un caboteur en partance pour Cadix. Surcouf avait quatorze ans.

Le marin Robert Surcouf

À quinze ans, il est volontaire pour les Indes et embarque sur l’Aurore. Le 3 mars 1789, il aborde l’Ile de France (actuelles Maurice), et, tout de suite, la beauté et l’exubérance de ce pays l’insouciance de la vie qu’on y mène, captivent son esprit. L’île deviens pour lui une terre d’élection où il reviendra plus tard. Très vite l’expérience lui apprend à devenir marin, et aussi à savoir faire naufrage car l’Aurore sombre sur les côtes d’Afrique.

En 1790 il est officier sur le Courrier d’Afrique, lieutenant sur la Revanche. Mais l’éloignement de Saint-Malo lui donne le mal du pays et il s’embarque simple timonier sur une flûte qui rejoint la France alors en proie à la fièvre de la Révolution. Six mois plus tard il reprend la mer comme lieutenant sur un bâtiment de commerce et retourne à l’Ile de France où il apprend la déclaration de guerre à l’Autriche.

Les événements marchent vite dans la France lointaine : exécution de Louis XVI et de Marie-Antoinette sur l’échafaud où monte ensuite Robespierre, abolition de l’esclavage par la Convention le 5 février 1794. À la colonie on ressent plus vivement cette mesure qui provoque la révolte des Noirs à Saint-Domingue et une rébellion parmi ceux de l’Ile de France.

La flotte de l’île s’organise en flotte corsaire pour se protéger et des Noirs et des Anglais, contre lesquels se livrent quelques combats où Surcouf se distingue.

Le corsaire Surcouf

On lui confie le commandement d’un brick négrier, La Créole. La traite est interdite, mais les planteurs réclament des Noirs et les achètent à prix d’or. Surcouf cède… mais ce trafic n’est pas fait pour calmer sa soif de combat et d’aventures, et très vite il sollicite des lettres de marque pour faire la « course ».

Le gouverneur de l’Ile de France les lui refuse; il lui accorde seulement d’être « formé en temps de guerre », et non « armé en guerre », subtilité dont Surcouf ne s’embarrassera guère.

Combat contre le Triton

Le 29 janvier 1796, ralliant l’Ile de France après une expédition aux Seychelles, il rencontre le Triton, gros navire anglais portant 26 canons et monté par cent cinquante hommes d’équipage. Surcouf n’en a que dix-neuf. Cette disproportion ne le fait pas reculer, pas plus que ses matelots qui l’admirent et lui sont dévoués. On marche sur l’Anglais en arborant le pavillon britannique.

Arrivé à une demi-portée de pistolet, Surcouf « affale » le pavillon anglais et hisse le nouveau pavillon, bleu, blanc, rouge adopté par la Convention le 5 février 1794 et dessiné par David.

Deux coups de canon à mitraille sur les Anglais massés sur le pont du Triton marquent les intentions du corsaire. Il monte à l’abordage avec dix-sept hommes, ne laissant à son bord que le chirurgien et
le cuisinier.

L’attaque est menée si rapidement et avec une telle intrépidité que les Anglais n’ont pas le temps de se reconnaître. Surcouf se démène : « C’est le diable », disent ses matelots. La lutte s’achève. Le Triton est pris.

Le 10 mars 1796 le Malouin arrive à l’Ile de France avec sa prise. Il a conquis, mieux qu’un navire anglais, une légende et la gloire qu’immortalise la « chanson de Surcouf ».

Hélas! le Triton est confisqué par le Trésor, puisque Surcouf n’a pas de lettre de marque. Furieux, il regagne la France et s’adresse au Directoire qui consent à indemniser armateurs et marins. Mais le corsaire apprend la détresse des finances françaises et abandonne les deux tiers de sa créance. Mouvement d’orgueil ou geste de mépris du royaliste pour le « régime pourri »? Nul ne le saura.

Combat contre le Kent

Pendant la guerre de course, le corsaire français le brave Robert Surcouf, à bord de la Confiance de 24 canons et 160 hommes réalise l’un de ses plus grands exploits. Il s’attaque au Kent, navire de 40 canons avec 440 hommes, le triple de celui de la Confiance et de calibre supérieur.

Capture du Kent par le corsaire Surcouf
Capture du Kent par le corsaire Surcouf

Certain de sa supériorité, le capitaine anglais convia ses passagers au spectacle. A la surprise des Anglais, la Confiance passe à l’abordage et les Français s’en rendent maître en 15 minutes !

La vente du Kent et de sa cargaison rapportera à Surcouf 100 millions de livres. Cette prise aura un impact énorme en France où Surcouf deviendra très respecté, arrivant même aux oreilles de Napoléon.

La prise du Kent fit du corsaire la terreur des Anglais dans les Indes.

Jamais blessé ni capturé au combat, adoré par son équipage, le malouin s’est emparé de 47 navires.

Une suite de succès sans interruption

Conter la vie de Surcouf est impossible en si peu de lignes : trop de combats la jalonnent qu’il faudrait relater. Son caractère, où la vivacité et l’honneur se mêlent, se manifeste souvent dans des traits comme celui-ci.

À la fin d’avril 1800 Surcouf appareille sur la Confiance; captures et combats se succèdent sans interruption. Un capitaine anglais, arraisonné de nuit, toise dédaigneusement, le jour venu, ce navire qui ne lui paraît qu’un misérable rafiot.

« Si j’avais su, je me serais défendu » soupire-t-il. « Eh bien! riposte Surcouf, il n’y a rien de fait! Retournez à votre bord. J’attendrai votre feu pour commencer le mien. »

Surcouf

L’autre n’insiste pas.

Retour en France

C’est sur la Confiance que Surcouf repart pour la France le 29 janvier 1801, chargé des trésors de toutes ses prises. La paix signée condamne le Malouin à l’inaction en désarmant son navire. Il s’occupe alors de gérer sa fortune et se marie le 28 mai de la même année à Saint-Malo.

En 1803, la guerre reprend. Napoléon offre au grand corsaire un poste de capitaine de vaisseau et le commandement d’une escadrille dans le golfe du Bengale. Trop jaloux d’une indépendance totale, Surcouf refuse. Mais le repos à terre ne peut contenter longtemps ce diable d’homme. La mer l’appelle et, six mois plus tard, il fait construire sur ses propres plans un trois-mâts qu’il baptise le Revenant.

Vers de nouvelles aventures

Il repart pour sa chère Ile de France où il aborde après avoir, chemin faisant, arraisonné quelques navires marchands. Ce n’est plus le marin téméraire de la jeunesse, mais l’homme mûr. L’expérience a accru la sûreté de son jugement, sans pour cela l’assagir! Après quelque temps passé dans sa terre d’élection, Surcouf se prépare à rentrer à Saint-Malo quand il apprend que le gouverneur de l’île veut réquisitionner son navire.

Sa rage explose : « Je vais lui brûler la gueule! » On le calme à grand peine et l’affaire s’arrange, mais le gouverneur lui impose cinquante sept passagers et des officiers portugais. Surcouf s’incline en apparence mais, arrivé au large, il met en panne pour débarquer le pilote et l’oblige, sous la menace, à ramener à terre les Portugais!

En représailles le gouverneur met sous séquestre les propriétés que le Malouin possède dans l’île. Ce séquestre sera d’ailleurs levé par Napoléon qui donnera par surcroît à Surcouf le titre de baron.

La vieillesse et la mort de Surcouf

Retiré dans sa propriété de Riancourt, près de Saint-Servan, le corsaire s’enfonce dans la paix de la retraite, n’ayant plus pour exercice que la chasse. Entouré du respect et de l’affection de tous, il trépasse, après une longue maladie, le 8 juillet 1827, à l’âge de cinquante-sept ans.

Une dernière fois il embarque pour passer le bras de mer entre Saint Servan et Saint-Malo où l’attend un tombeau portant cette épitaphe :

« Un célèbre marin a fini sa carrière,
Il est dans ce tombeau à jamais endormi.
Les matelots sont privés de leur père,
Les malheureux ont perdu leur ami. »

Avec Robert Surcouf mourait la « guerre de course ». Il fut le dernier grand corsaire, le dernier à parer de gloire et d’héroïsme, de fougue et de courage, cette extraordinaire page de notre histoire.

FAQ

De quelle ville est originaire Surcouf ?

La ville de Saint-Malo

Quelle est la plus belle prise du corsaire Surcouf ?

La capture du Kent

Quand meurt Surcouf ?

Surcouf meurt le 8 juillet 1827

Quel titre avait Robert Surcouf sous le Premier Empire ?

Baron

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