Analyse de la bataille de la Marne

Bataille de la Marne

A travers cette analyse de la bataille de la Marne, vous allez comprendre les clés de la victoire de l’armée française. Loin des clichés, ce succès ne doit rien au hasard et aura des conséquences notables sur la suite de la Première Guerre mondiale.

Sommaire

Contexte de la bataille de la Marne

Le 10 Septembre 1914, alors que le souffle du boulet ravive le souvenir des parisiens du siège de 1870, le haut commandement allemands assiste impuissant au reflux de ses troupes face à un raz de marée bleu et rouge qui semble tout broyer sur son passage. Moltke lui même ne comprend pas ce qu’il vient de se produire.

Après un mois de succès ininterrompus, l’armée du Kaiser que rien ne semblait pouvoir arrêter subit une défaite cuisante infligé par un ennemi qui ne cesse de reculer depuis la bataille des Frontières.

Les conséquences du « Miracle de la Marne » furent telles qu’aujourd’hui encore le fleuve est indissociable de cette bataille remarquable en tout point. Je déplore cependant l’absence totale de commémoration qui encore une fois engendre un oubli progressif de l’importance de cette victoire qui a littéralement sauvée la France, et peut-être bien plus encore. Je vous soumet donc cette analyse pas très catholique de mon crû. C’est un peu long je plaide coupable, mais devoir de mémoire oblige c’est comme ça.

Stratégie de l’Allemagne et de la France

Si les apparences suggèrent le contraire, l’armée française de 1914 n’est pas le reliquat du 19ème siècle comme la dépeind une propagande allemande au service d’une volonté de faire un remake de 1870. Au pire, elle est comme toutes les autres en ce début de guerre : anachronique.

En fait, ce seraient même plutôt les allemands qui pêchent par leur retard sur l’art de la guerre. Leur appréhension du combat est conditionné par les humiliantes défaites de Iéna/Auerstadt, infligés 100 ans plus tôt par Napoléon et consorts. Ils en gardent une vive rancoeur contre les français, aussi vont-ils littéralement reprendre les recettes qui leur ont valut tant de désastres. C’est à dire que les allemands vont, de 1807 à 1945, définir absolument tous leurs plans de campagne en s’appuyant sur une efficacité tactique exceptionnelle au service d’une doctrine de guerre de mouvement destinée à détruire les armées ennemies les unes après les autres.

Cette stratégie d’anéantissement est en fait un héritage antique, institué par Hannibal dans les plaines de Cannes. Elle restera efficace jusqu’à la révolution française, qui change complètement les lois de la guerre.

On passe alors de la guerre « en dentelles » à celle des nations en armes. La différence réside dans le fait qu’elle ne sera plus maintenant une simple confrontation entre deux armées, mais deux nations pleines et entières. Celle qui en sortira victorieuse ne sera plus celle qui s’impose sur le champs de bataille mais celle qui sera capable d’assurer un ratio perte/remplacement positif.

La guerre impose donc ses impératifs et impondérables à la société qui doit dès lors s’adapter. Cela demande des alignements colossaux au prix d’efforts vertigineux, mais le résultat est une évolution exponentielle de celui qui cherche à vaincre. Mais c’est aussi pour toutes ses raisons que les combats eux mêmes changent de visage à chaque nouveau conflit.

15 ans seulement séparent les guerres de Crimée et de 1870 qui seront menées de manières très différentes, alors que les tactiques resteront sensiblement les mêmes durant toute la guerre de 100 ans. Si ces données échappent complètement aux généraux allemands qui ne jurent que par l’efficacité sur le terrain, les généraux français se montreront bien plus capable dans ce sens.

L’Allemagne rentre donc en guerre avec une armée de 1870 améliorée par de généreux investissements, puisqu’elle se contente de reprendre une recette qui lui a déjà réussit. La France, elle, a pratiquement délaissée la sienne depuis les années 1890 à la suite des scandales Dreyfus et des Fiches.

Mais de nombreux efforts détournés dans des domaines liés au civil (comme l’optimisation des chemins de fer ou le service militaire sur 3 ans) permettent un excellent déroulement de la mobilisation, puisque les 3 millions de soldats attendus seront aux frontières en moins de 3 jours avec un taux de désertion inférieur à un pourcent.

On revoit aussi complètement la théorie militaire, et l’Offensive à Outrance voit le jour. Si celle révélera très rapidement son obsolescence, elle fera surtout de la petite armée française une armée très agressive qui se portera sans cesse au combat et qui obéira au son du canon durant le mois crucial qui précède la Marne. Le résultat sera l’étoffement sensible du capital de compétences, mais aussi d’expérience, qui pourront être remarquablement déployé lors de la bataille même. En fait, les allemands notent déjà des changements radicaux dans l’armée française seulement deux semaines après le début du conflit.

Analyse de la bataille de la Marne

Au delà des critiques dont le GQG fait l’objet, on peut aussi parler de la pugnacité à toute épreuve des généraux français. En l’occurrence, l’arrogant et très ambigu Joffre ne cède à aucun moment à la pression imposée à la fois par un ministère de la guerre qui demande des comptes pour ses échecs et les armées allemandes qui ne cessent de déborder les siennes par de savantes manoeuvres.

Il analyse au contraire avec une grande perspicacité les causes de tant de déboires. Il fait remplacer quelques 200 hauts officiers ineptes que les purges républicaines d’avant guerre lui ont imposées par des chefs compétents mais jugés trop royalistes ou catholiques par la paix complaisante, transférant une bonne partie des premiers dans le secteur de Limoges (d’où le terme limoger). Il parvient à faire retraiter ses troupes des frontières belges et alsaciennes en bon ordre, anticipant la constitution de son ultime ligne de défense dont les intervalles seront comblées par une armée qu’il contribue à mettre sur pied dans le même temps.

Enfin, il se montre contrairement à beaucoup de ses pairs beaucoup plus ouverts à l’innovation et tient compte des rapports de l’aviation naissante ainsi que ceux des Services d’Écoute déjà évoqué. Le tout en un seul mois ! Bref, Joffre se prépare déjà à rebondir avec un calme glacial alors qu’il est entouré de fatalistes qui ne voient que des défaites successives. Et il transmet son intarissable énergie à ses subordonnés qui eux mêmes la relaient à la troupe, permettant un ascendant moral continu malgré les déconvenues.

Si bien que son ordre général du 6 septembre « d’arrêter tout mouvement de recul, de contre – attaquer partout où l’on peut et de mourir sur place là où il n’est plus possible d’avancer » galvanise les forces françaises dont le soudain volte-face ébranle tout le dispositif allemands malgré le manque de coordination entre plusieurs unités. Il n’y pas de plan global, les affrontements sont confus mais la farouche combativité des soldats français va inspirer le commandement qui va faire feu de tout bois pour leur donner les moyens de ramener la victoire sous leurs bannières.

Les taxis de la Marne

Entre autre, le général Gallieni (gouverneur de Paris) réquisitionne tous les véhicules disponibles dont les fameux taxis de la Marne pour acheminer les renforts au front. En réalité, seuls 6000 soldats seront amenés au combat de cette manière, mais cette mise en oeuvre logistique tous azimuts aura un impact cognitif extrêmement positif sur les combattants qui perçoivent parfaitement cette forte implication de leurs supérieurs dans la bataille.

L’artillerie française a également un grand rôle puisqu’elle opère pour la 1ère fois depuis le début du conflit derrière des lignes cohérentes. Le feu rapide et précis des 75 desservi par un personnel de très grande qualité est une (très) mauvaise surprise de plus pour les allemands qui sont déjà soumis à une pression très forte et inattendu.

Le matin encore, ils croyaient la victoire proche ! Malgré l’arrivé de renforts, les troupes du Kaiser commencent à perdre pieds et Moltke, qui se trouve à 230km du champ bataille avec son état major n’a pas une vision claire du déroulement des combats ni aucune information sur le dispositif français, finit par donner l’ordre de repli général.

Cette victoire inespérée sauve la France qui s’embrase et se fédère toute entière sous l’Union Sacré. Le peuple français se réconcilie avec son armée qui va dès lors bénéficier de tous les appuis d’une nation enfin résolue à faire la guerre jusqu’à la victoire, tandis qu’en Allemagne on considère que 20 ans de préparatifs viennent de partir en fumée. Les hautes sphères de l’Empire Allemand seront à partir de maintenant très réticentes à pourvoir aux besoins d’une armée dans laquelle on a déjà tant investi.

Les conséquences de la victoire de la bataille de la Marne à l’international

Mais la victoire de la Marne à aussi des conséquences sur le plan international. La France, considérée comme une puissance mineure depuis 1870, vient de retrouver son rang de nation avec laquelle il faudra compter. La Russie n’a plus l’impression de mener la guerre seule et redoublera d’efforts pour alléger les pressions à l’Ouest.

De plus, l’Angleterre, qui souhaitait combattre sur le sol français cette Allemagne qui menaçait son hégémonie en Europe se retrouve maintenant subordonnée à la France en vertu de l’Entente Cordiale qu’elle ne peut plus transgresser.

C’est tout l’échiquier géopolitique qui se retrouve ébranlé par l’impact de cette victoire française que personne n’attendait. La 1ère Guerre mondiale sera maintenant pour la France une lente et laborieuse montée en puissance que même les États Unis ne pourront pas contester en 1918. Mais le prix sera que chaque famille française y laissera un père, un fils, un frère ou un ami.

Auteur : Christophe Logel

FAQ

Qui dirige l’armée française pendant la bataille de la Marne ?

Joffre

Qui dirige l’armée allemande pendant la bataille de la Marne ?

Moltke

Pourquoi l’armée française gagne ?

L’offensive à outrance combinée avec une mise à disposition de moyens conséquent au service du soldat français retourne la situation.

Quelles sont les conséquences de la bataille de la Marne ?

C’est tout l’échiquier géopolitique qui se retrouve ébranlé par l’impact de cette victoire française que personne n’attendait. La 1ère Guerre mondiale sera maintenant pour la France une lente et laborieuse montée en puissance que même les États Unis ne pourront pas contester en 1918.

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