Avant de raconter l’histoire des rois perses, Jacques-Joseph Champollion-Figeac consacre l’introduction de son Histoire de la Perse au pays lui-même. Il y défend une thèse audacieuse pour son époque : l’Iran ne doit pas être rangé avec l’Asie occidentale, mais rattaché à l’Inde, dont il serait la fille par la langue et les institutions.
Sommaire
- De l’Indus à l’Oxus
- Iran et Touran
- Une fille de l’Inde
- Un pays de hautes plaines et de déserts salés
De l’Indus à l’Oxus
L’auteur fixe les limites naturelles de l’Iran ancien : l’Indus à l’est, prolongé au nord jusqu’à l’Oxus, l’actuel Amou-Daria ; l’Oxus et la Caspienne au nord ; les monts Zagros, branche du Taurus, à l’ouest, jusqu’au golfe Persique ; la mer d’Oman au sud. Le pays des Afghans, entre l’Indus et les montagnes de l’ouest, a appartenu tour à tour à l’Inde et à l’Iran. À l’époque de l’auteur, l’Iran a pour voisins la Russie et le Turkestan au nord, l’Indus et Kaboul, alors sous influence britannique, à l’est, et les Turcs d’Asie à l’ouest.
Il rappelle que la Perse n’était à l’origine qu’une province de l’Iran : la domination des Perses a étendu ce nom à tout l’empire. Les plus anciens textes appellent le pays « Airyana », dont les Grecs ont fait Ariane.
Iran et Touran
Une tradition explique ce nom par la légende du roi Féridoun. Celui-ci aurait partagé ses conquêtes entre ses deux fils : à Tour, l’aîné, les terres au-delà de l’Oxus ; à Iradj, les terres en deçà. De sanglantes guerres s’ensuivirent, et les pays prirent les noms d’Iran et de Touran. L’auteur note que les documents anciens opposent plutôt l’Iran et l’« Aniran », c’est-à-dire le non-Iran.
Une fille de l’Inde
Pour Champollion-Figeac, la frontière conventionnelle de l’Indus, qui sépare l’Asie orientale de l’Asie occidentale, est trompeuse. Elle laisse croire à deux civilisations distinctes alors que l’Iran est, selon lui, de souche indienne. Son argument principal est la langue : du zend au persan moderne, en passant par le pehlevi, les idiomes iraniens sont parents du sanscrit, et le sont d’autant plus qu’ils sont anciens. Il souligne aussi que la plus ancienne écriture iranienne se lisait de gauche à droite, comme en Inde, et non de droite à gauche comme chez les Arabes ou les Hébreux. Il juge donc impropre de classer les langues iraniennes parmi les langues sémitiques.
Il accorde enfin du crédit à une tradition selon laquelle une dynastie indienne, dite mahabadienne, aurait régné sur l’Iran primitif.
Un pays de hautes plaines et de déserts salés
L’Iran est formé de hautes plaines appartenant au grand plateau qui s’étend jusqu’à l’Asie Mineure orientale. Les montagnes ne forment pas de chaîne régulière : selon Quinte-Curce, elles s’élèvent brusquement, s’aplanissent en plateaux et semblent entassées au hasard. Au nord, dans le Gilan et le Mazandéran, se dresse le Damavand, du sommet duquel l’œil embrasse près de trois cents kilomètres. Dans le Zagros, le rocher de Behistoun porte des sculptures et des inscriptions historiques.
L’auteur évoque les passages stratégiques : les portes Caspiennes, où un corps perse arrêta un instant Alexandre, et un chemin taillé dans le roc en forme d’escalier entre la Perse et la Médie. Plus au sud s’étendent Chiraz, célèbre pour ses vins, et les ruines de Persépolis, qui « font le tourment des érudits ».
Le pays compte d’immenses déserts salés. Le grand désert qui sépare le Khorassan de l’Irak persan mesure, selon l’auteur, plus de cinq cents kilomètres de long, et sa croûte de sel cristallisé atteint quatre centimètres d’épaisseur. Une trentaine de lacs salés sans écoulement complètent ce paysage, du lac d’Erevan au lac d’Ourmia, plus salé encore.
Source : Jacques-Joseph Champollion-Figeac, Histoire de la Perse (Asie orientale), collection L’Univers, introduction.
Questions-Réponses
L’Indus à l’est, l’Oxus et la mer Caspienne au nord, les monts Zagros à l’ouest et la mer d’Oman au sud.
Parce que les langues iraniennes, du zend au persan, sont apparentées au sanscrit, et que l’écriture ancienne de l’Iran se lisait de gauche à droite, comme en Inde.
Du partage des conquêtes du roi légendaire Féridoun entre ses fils Iradj et Tour, de part et d’autre de l’Oxus.
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