Le 24 décembre 1144, l’atabeg Zengi, maître de Mossoul et d’Alep, prend Édesse, capitale du premier des États fondés par les croisés en Orient. Deux ans plus tard, une tentative de reconquête tourne au massacre. La nouvelle de cette perte provoquera en Europe la deuxième croisade. Joseph-François Michaud, dans son Histoire des croisades, raconte ces événements d’après Guillaume de Tyr et les chroniqueurs arméniens, syriaques et arabes.
Sommaire
Un royaume affaibli
À la mort du roi Foulque d’Anjou, tué en 1143 par une chute de cheval en chassant le lièvre près d’Acre, le royaume de Jérusalem passe à son fils Baudouin III, âgé de douze ans, sous la régence de sa mère Mélisende. Pour Michaud, le gouvernement prend alors « les formes turbulentes de la république » : clergé, barons et peuple se mêlent des affaires de l’État.
Le jeune roi en fait l’expérience. Un Arménien qui gouverne Bosra au nom du prince de Damas propose de livrer la ville. Contre l’avis des plus sages, qui rappellent l’alliance conclue avec Damas, l’assemblée vote l’expédition dans le tumulte. Arrivée devant Bosra, l’armée apprend que la femme du gouverneur a pris les armes et refuse de livrer la place. La retraite, à travers une plaine que les musulmans incendient, est un calvaire. Guillaume de Tyr compare les soldats à des forgerons, tant leurs visages sont noircis par la fumée. Selon la chronique, le vent tourne quand l’évêque de Nazareth élève la vraie croix.
La mort du vieux Josselin
Le comté d’Édesse, au-delà de l’Euphrate, est le rempart du nord. Son vieux comte, Josselin Ier de Courtenay, a longtemps été la terreur des musulmans. Blessé à mort par l’écroulement d’une tour pendant un siège, il apprend sur son lit qu’un émir turc assiège l’une de ses places. Son fils hésite, faute de troupes. Le vieux guerrier se fait alors porter en litière à la tête de ses soldats. En chemin, on lui annonce que l’ennemi s’est retiré : il fait arrêter sa litière, lève les yeux au ciel et expire.
Son fils Josselin II, adonné selon les chroniqueurs à l’ivrognerie et à la débauche, quitte Édesse pour s’installer à Turbessel, sur l’Euphrate, et néglige la solde des troupes et l’entretien des fortifications. Le prince d’Antioche, Raymond de Poitiers, lui voue une haine mortelle.
Le siège de 1144
Zengi feint d’attaquer des châteaux musulmans, puis paraît soudain devant Édesse. La ville a de hautes murailles et une forte citadelle, mais, comme le dit Guillaume de Tyr, ces défenses sont inutiles « s’il n’y a gens par le dedans qui les défendent ». Les habitants, Arméniens et Syriens pour la plupart, sont plus marchands que soldats, et les chevaliers francs ont suivi leur comte à Turbessel. Clercs et moines montent sur les remparts, les femmes et les enfants apportent eau, vivres et armes.
À Jérusalem, l’ordre de secours donné par la reine Mélisende reste sans effet ; à Antioche, Raymond ne bouge pas. Les assiégeants dressent sept tours de bois plus hautes que les murs, tandis que des mineurs venus d’Alep creusent sous les fondations. Sommés de se rendre, les défenseurs refusent. Le vingt-huitième jour, plusieurs tours minées s’écroulent, les postes des remparts sont abandonnés et l’ennemi entre de toutes parts.
Le massacre dure du lever du soleil jusqu’au milieu de la matinée. Les prêtres qui portent les châsses des saints dans les rues sont tués, les fugitifs étouffés aux portes de la citadelle. L’archevêque latin Hugues est égorgé avec son clergé en tentant de fuir avec ses trésors. Les survivants sont vendus comme esclaves. Michaud rapporte cependant que, selon l’historien arabe Ibn al-Athir, Zengi aurait ordonné de rendre leurs maisons aux habitants, et que les plus grands excès n’eurent lieu qu’à la seconde prise de la ville.
La nuit de 1146
En 1146, Zengi est assassiné par ses esclaves pendant un siège. Les habitants chrétiens d’Édesse appellent Josselin, qui escalade de nuit les murailles avec une poignée de guerriers et reprend la ville, mais pas la citadelle. Aucun prince chrétien ne vient à son secours. Le fils de Zengi, Nur al-Din, maître d’Alep, arrive avec une puissante armée. Pris entre la garnison de la citadelle et les assiégeants, les Francs décident de fuir en pleine nuit avec les habitants. La garnison fait une sortie et la foule est massacrée aux portes. « Ô nuit désastreuse ! » s’écrie le chroniqueur Bar Hebraeus. Les guerriers qui ont percé les lignes sont poursuivis jusqu’à l’Euphrate et mille seulement atteignent Samosate. Nur al-Din fait raser les tours, la citadelle et les églises. Michaud rapporte, d’après ses sources, trente mille morts et seize mille captifs.
Source : Joseph-François Michaud, Histoire des croisades, tome II, Paris, 1825, livre V.
Questions-Réponses
Son comte Josselin II résidait à Turbessel avec ses chevaliers, les défenses étaient négligées et ni Jérusalem ni Antioche n’envoyèrent de secours.
Après vingt-huit jours de siège, ses mineurs firent écrouler plusieurs tours, et ses troupes entrèrent par les brèches.
Josselin II reprit la ville par surprise, mais Nur al-Din l’assiégea ; la fuite nocturne des chrétiens se termina par un massacre et la ville fut démantelée.
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